Le revenu universel : payé pour rester à la maison ?

 

Le débat sur le revenu universel fait l’objet de bien de caricatures, menant aux arguments les plus hostiles, parfois goguenards. Les chômeurs auront désormais de quoi rester chômeurs, ils n’auront plus envie de se sortir du fond des abîmes que représente le chômage, et même pire, ce revenu universel inciterait ceux qui travaillent à se mettre au chômage.

Le revenu universel serait-il une mesure de justice sociale, de liberté ou incitant au farniente ? Quelles sources de financement ?

Les termes « revenu universel », « revenu de base » ou « revenu minimum d’existence » désignent le transfert automatique de l’État à la population d’un montant mensuel avoisinant les 500 à 600 euros, sans condition de ressource, et cumulable avec un salaire ou d’autres prestations.

Le débat sur le revenu universel au sein de la société française émerge au moment où la question de la rigueur dans la gestion des comptes publics est plus forte que jamais, mais également à un moment où la pauvreté en France est toujours présente, et où les inégalités sociales se marquent. Le revenu universel pose également la question de la place du travail dans notre société dans une autre mesure que celle de la question du temps de travail. Le revenu universel est donc clairement une question de société centrale sur la façon d’appréhender la politique économique et sociale d’une nation.

Les différents candidats à aux élections présidentielles ont pu exprimer leur position lors de débats sur ce sujet plutôt épineux.

Ainsi, le candidat de la Belle Alliance Populaire, Benoît Hamon soutient et propose un tel dispositif en justifiant que la raréfaction du travail dû à la révolution numérique implique une réforme de la couverture sociale susceptible donc de se faire au travers d’un dispositif de revenu de base. Il évalue le coût à 300 milliards d’euros pour un revenu de 750 euros par mois pour les citoyens adultes.

De son côté, le candidat François Fillon s’est prononcé contre l’idée même d’un revenu de base. Il propose à la place, une allocation sociale unique, conditionnée mais pas universelle.

Dans le monde, des pays comme les Pays Bas, l’Inde, le Brésil, la Namibie ont lancé des initiatives allant dans le sens du revenu universel.

 

D’où vient ce revenu universel ?

Le premier à avoir théorisé le revenu universel est l’anglais Thomas More au XVIe siècle, dans un livre intitulé Utopia. L’auteur avait théorisé le revenu universel comme remède à la pauvreté.

Le philosophe français Michel Foucault défend l’idée dans les années 1970, pensant que cela permettrait de libérer les individus du contrôle permanent de l’État.

Dans le livre Capitalisme et liberté, Milton Friedman défend l’idée d’un impôt négatif qui viendrait combler le manque à gagner de ceux qui n’ont pas assez travaillé dans l’année. Richard Nixon proposa une une idée voisine.

 

La difficulté du chiffrage : 

Le cadrage budgétaire du revenu pose des difficultés liées à la façon dont est présenté le revenu universel. En effet, une première position consiste à allouer un montant mensuel à tout citoyen français âgé de 18 ans. Une deuxième manière d’envisager le revenu de base est de conditionner le versement du revenu universel au simple fait d’être de nationalité française.

 

  • Dans la première hypothèse, c’est à dire lorsque le versement du revenu est conditionné à l’âge et la citoyenneté, le coût de la mesure varie de 277 à 430 milliards d’euros pour l’État.
 

Le coût total du revenu universel selon les scénarios

Scénario 1

Scénario 2

Scénario 3

Scénario 4

Montant

450 500 600 700
Coût total en millions d’euros 277 702 307 800 369 360

430 920

  • Dans la seconde hypothèse, l’idée est d’allouer un revenu allant de 450 à 700 euros pour un adulte. Et de 200 euros pour un enfant.

 

Le coût total du revenu universel selon les scénarios

Scénario 1 Scénario 2 Scénario 3

Scénario 4

Montant adulte 450 500 600

700

Montant enfant

200 200 200 200
Coût total adulte 277 702 307 800 369 360

430 920

Coût total enfant

35 280 35 280 35 280

35 280

Coût total

312 950 343 780 405 440 467 100
Suppression du RSA -11 000 -11 000 -11 000

-11 000

Suppression des allocations familiales

-16 000 -16 000 -16 000

-16 000

Autres économies sur allocations

-13000 -13000 -13000

-13000

Part réel dans le Budget de l’Etat 285 950 316 780 378 440

440 100

Poids dans le PIB 13,7% 15,1% 18,1%

21,0%

Selon les situations, cette méthode coûterait entre 285 à 440 milliards d’euros à l’État, en tenant compte de la suppression de certains minima sociaux.

La tentation du farniente et la valeur travail

Au-delà des calculs économiques, l’enjeu est aussi philosophique, l’idée du revenu universel constitue un véritable choix de société.

Pour certains de ses partisans, le revenu universel permettrait à chacun d’être libre de choisir son mode de vie, de ne pas être dépendant du travail dans une société qui en propose de moins en moins. Cela permettrait aux individus de se consacrer à d’autres activités (bénévoles, par exemple) puisqu’ils n’auraient pas à travailler pour subvenir à leurs besoins de base.

Pour d’autres, c’est une façon de libérer l’individu de la tutelle de l’État et de flexibiliser le marché du travail.

Les plus fervents opposants y voient un abandon de l’État, notamment dans sa mission d’accompagnement, une individualisation de la société et une déresponsabilisation des individus.

Selon André Gorz, Baptiste Mylondo ou Bernard Friot, le revenu universel permettrait de changer le rapport au travail en libérant les individus de la nécessité de travailler. Cette libération totale ou à tout le moins partielle, pourrait mener à des effets sur le marché du travail considérables. En effet, si l’on part de l’hypothèse selon laquelle le revenu de base serait suffisant pour vivre, cela signifierait que la négociation sur le marché du travail se ferait dans des conditions similaires que sur d’autres marchés où il y a plus ou moins autonomie réelle de la  volonté et liberté de contracter.

Les individus se détermineraient effectivement librement sur le marché en offrant leur travail à un prix réellement consenti avec une capacité réelle à refuser si la désutilité considérée est supérieure au bénéfice du revenu procuré (bénéfice du revenu qui était bien grand lorsque le peu proposé était suffisant pour survivre, malgré un travail très dégradant et une désutilité insupportable dans ces conditions). C’est entre autres une des raisons qui a conduit même le professeur M. Friedman à militer en faveur de la mise en place d’un tel revenu de base.

Créer un élément d’identité et de ciment national 

La création du revenu universel en France, ce serait également enrichir le patrimoine français qui en plus des droits dont le français jouit, tant les droits humains que les « droits » diplomatiques et de la citoyenneté européenne ou encore du patrimoine national, recevrait une somme mensuelle non négligeable. Cela serait un facteur unificateur des français en ce qu’un nouveau point commun, sans discrimination autre que la nationalité et la majorité, serait partagé. L’élément plus fâcheux serait que ce sentiment d’appartenance à la communauté nationale se ferait d’autant plus fortement à la comparaison avec les étrangers qui eux ne le perçoivent pas, en faisant un élément d’identité « négatif ».

Une difficile évaluation  des expériences 

Le revenu universel est actuellement en cours d’adoption ou d’expérimentation dans de nombreux pays et de nombreux continents. On ne peut pas tirer une conclusion empirique formelle.

En Afrique, la Namibie a mis en place, entre 2008 et 2009 un système de revenu universel. La redistribution de ce revenu a été opérée par des ONG et des églises.

« Un millier d’habitants environ (âgés de moins de 60 ans) ont reçu pendant deux ans (de janvier 2008 à la fin de l’année 2009) 100 dollars namibiens par mois, soit environ 10 euros à l’époque » via le monde.

Ce projet a permis la réduction de la pauvreté, et le financement de plusieurs nouvelles activités. Mais le problème est que ce système n’a jamais reçu d’évaluation scientifique.

Le revenu universel est entré, récemment, en application en Finlande, qui prévoit le versement d’un revenu de base inconditionnel de 560 euros par mois. L’objectif recherché par le gouvernement Finlandais est de simplifier le système socio-fiscal, et de relancer l’emploi. Le projet est encore en phase de test.

Le revenu universel existe aussi en Inde, au Brésil, et en Alaska.

 

Eugène Saint-Gregoire,
Magistère juriste d’affaires Franco-Britanique
Jean-Guilhem Tovar,
Douple diplome Sciences Po paris, Columbia Canada
HAIDARA Mohamed Chérif,
Master 1 Econométrie Statistique  Paris 1 Panthéon Sorbonne 

 

 Sources

Le Figaro, Primaire à gauche : le revenu universel divise les candidats, Mathilde Golla 12/01/2017
http://www.huffingtonpost.fr/2017/01/22/dou-vient-ce-revenu-universel-la-mesure-phare-de-benoit-hamo/
http://www.francetvinfo.fr/politique/ps/primaire-a-gauche/l-article-a-lire-pour-comprendre-le-debat-sur-le-revenu-universel_2014168.html
Revenudebase.info
Le monde
http://www.lefigaro.fr/economie/le-scan-eco/decryptage/2016/09/09/29002-20160909ARTFIG00015-revenu-universel-ce-que-prevoit-la-finlande.php
https://www.wedemain.fr/Finlande-Pays-Bas-Suisse-Le-revenu-universel-va-t-il-conquerir-l-Europe_a1538.html
The economist, Iran has undertaken reforms that other governments in the region should envy
http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2017/01/03/50-nuances-de-revenu-universel-l-idee-a-la-mode-de-la-presidentielle-2017_5057225_4355770.html
http://www.unilim.fr/pages_perso/philippe.darreau/cariboost_files/chapitre_203_20micro.pdf
http://www.erudit.org/revue/ae/1999/v75/n1-2-3/602284ar.html?vue=resume
Milton Friedman (1912-2006). Dans Capitalisme et Liberté (1962)
http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2017/01/03/50-nuances-de-revenu-universel-l-idee-a-la-mode-de-la-presidentielle-2017_5057225_4355770.html

 

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