Money ’s back

A peine rentré de l’étranger, alors que je dépose mes devises dans mon pot fourre-tout, mon chat manque d’agilité et en renverse la totalité. Il joue avec le billet d’un dollar et fait rouler les quelques pounds qui trainent. $, £, Kč, €, ¥… peu lui importe, tant qu’il se divertit. Faire de l’ordre serait une question tant de transparence que de simplification – l’euro a déjà entamé un premier pas vers l’Union monétaire supranationale. Mais où en est le mythe de la monnaie internationale au milieu de toutes les vociférations sur la souveraineté nationale ?

 

Mon chat a l’esprit ante-1971 : le maelström des monnaies qui fit la guerre des changes et les turbulences bruyantes des souverainetés mirifiques. Il joue avec les pièces comme Poincaré jouait avec l’épargne. Mais l’étalon-or est mort. La reconfiguration des rivalités a finalement facilité la possibilité d’une monnaie-monde, une monnaie internationale dont les caractéristiques diffèrent autant que les symboles fiduciaires – c’est dire…

Pourtant, au milieu d’anciennes pensées partiellement dépassées du fait du changement de système économique (d’« économie monétaire de production » pour reprendre le terme keynésien), si des voix s’élèvent, il paraît difficile d’éclairer la question.

 

Les conséquences monétaires de l’histoire : entre violence et confiance

 

1945 – Le bruit – La fureur. Dans la reconstruction du monde qui s’entame, le système monétaire et financier est une priorité. L’une des propositions de Bretton Woods est keynésienne, portée par le probabiliste du cercle de Bloomsbury : la création d’une monnaie internationale, dite le bancor. Cette monnaie est tant unité de compte qu’outil de facturation des échanges. Autant dire que face aux réserves d’or américaines et au holly dollar, le bancor fait pâle figure.

L’objectif de Keynes, c’est finalement – au contraire des aprioris sur la monnaie-monde – une préservation de l’autonomie des politiques économiques nationales grâce à la centralisation monétaire internationale. Aux vues des pouvoirs monétaires en place et à une époque à venir où Friedman dira « Laissons le chien remuer la queue plutôt que la queue remuer le chien » à propos des régimes de change, le bancor était une tentative illusoire.

 

Malgré tout, la monnaie change d’orientation et en vient finalement à être un bien collectif à l’heure de l’internationalisation accrue. Dans l’histoire simple que je trace ici, nous sommes quelques années après l’ECU, le 01 janvier 1999 à 00 h 00 : l’euro entre en jeu.

Si l’euro a effectivement transformé la question de la souveraineté, il a aussi permis de neutraliser – en grande partie – les problèmes de stabilité. Certes, vous pourriez m’objecter l’utilité-même d’une monnaie internationale. Les changes sont parfois une arme efficace pour les politiques économiques. Mais si nous mettons de côté l’esthétique fiduciaire, l’orgueil national et les indépendances fictives, tout me pousse à croire qu’une monnaie internationale est une solution envisageable et viable aux vues des conditions nouvelles de l’économie et des institutions mondiales.

Nature et principes de la monnaie mondiale

La question d’une monnaie internationale tient de manière protéiforme à quelques possibilités majeures : ou bien la création d’une monnaie à la manière de celle européenne, ou bien le ralliement derrière une monnaie déjà internationale qui fixerait les valeurs, ou bien une structure de valeur plus rapprochée. Une monnaie qui serait tant notre monnaie que notre problème. Elle consisterait en une substitution, avec un partage de responsabilité et un accroissement de la coordination entre les Etats.

C’est donc un élément intrinsèquement lié à la suprématie économique d’une nation et aux modalités d’exercice de cette suprématie. Autrement dit, la monnaie mondiale est corrélée positivement à une volonté politique forte (toute chose non égale par ailleurs… !). Elle permettrait tant une pacification de l’économie internationale qu’un rééquilibrage des échanges sans intrusion du poids des importations et des exportations. Robert Mundell avait déjà orienté les questions d’une telle mise en place : un ciblage commun de l’inflation, une répartition optimale des pouvoirs et des processus de décision (notamment dans le cas des politiques monétaires) et un taux de change clair et irrévocable.

Ce processus de mondialisation accrue est d’une certaine beauté théorie mais il tranche avec l’apparition concurrente et complexe des monnaies locales, toujours plus nombreuses au regard des constats empiriques. Et des volontés politiques dans la concurrence monétaire internationale. Autant dire que les devises de mon pot fourre-tout ont encore de beaux jours devant elles.

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