L’impact de l’immigration syrienne sur l’économie française

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Cela fait maintenant plusieurs mois que le sujet de l’immigration – principalement syrienne – vers l’Europe, occupe une place prépondérante dans le débat public. L’accueil de centaines de milliers de migrants s’est présenté comme une alternative nécessaire à l’insécurité que subissent ces hommes, femmes et enfants au quotidien. Il aura fallu un nombre incalculable d’âmes sacrifiées en Méditerranée, comme celle du petit Aylan (dont la photo est désormais tristement célèbre), pour que les responsables politiques des pays européens se mettent enfin à se pencher sérieusement sur la question de comment répartir cette vague de migrants à travers les différents pays du Vieux Continent.

Une terre d’accueil non unanime

La problématique sous-jacente concerne directement l’intérêt propre de chaque pays : sommes-nous capables d’accueillir autant de migrants, en vue de notre potentiel de croissance ? Certains diront que non, et essaieront de démontrer que l’accueil de migrants en France, n’est pas une bonne idée, en évoquant avec maladresse et méconnaissance les arguments d’un chômage déjà trop élevé et d’une dette publique sans cesse croissante. D’autres jugeront que la question est trop importante et que l’heure est suffisamment grave pour donner une réponse aussi prédéfinie qu’expéditive. Soucieux de l’avenir de l’Humanité plus que du leur, ils tenteront d’explorer d’autres pistes pour répondre de la meilleure des manières possibles à ce problème de taille. Et si ce phénomène migratoire était une opportunité, à la fois pour les migrants et pour nous-mêmes, plus qu’un fardeau, comme certains le prétendent ?

Les effets à court terme de l’immigration

« On ne peut pas accueillir toute la misère du monde, encore faut-il s’y efforcer »[1] disait Michel Rocard en 1989, alors à la tête de Matignon. Déjà à l’époque, le sujet de l’immigration suscitait de nombreuses réactions au sein de la classe politique. Avec un taux de chômage de près de 7,8 % et une dette publique à hauteur de 34 % du PIB, les responsables politiques, du gouvernement et de l’opposition, s’en donnaient à cœur joie pour justifier une politique d’immigration plus ferme et plus exigeante. Les détracteurs de l’immigration partent du postulat que l’accueil des immigrés entrainerait une hausse du nombre de personnes en âge de travailler et donc du taux de chômage. L’arrivée massive de nouveaux travailleurs engendrerait donc une inadéquation entre l’offre et la demande pouvant causer une baisse de salaire. Par conséquent, les recettes fiscales seraient moins élevées alors que les dépenses publiques devront augmenter à travers la distribution de prestations sociales à plus grande échelle. Le scénario précédemment énoncé, part du principe que l’arrivée d’immigrés fera augmenter le taux de chômage en raison d’un  nombre de postes vacants inférieur aux demandeurs d’emploi mais également en raison d’une potentielle inadéquation des compétences des immigrés avec ces postes.

L’immigration source potentielle de croissance économique

Néanmoins, il est possible d’envisager une toute autre trajectoire ; celle de la prospérité économique apportée par les migrants. A long terme, les conséquences de l’immigration sur les variables macroéconomiques du pays d’accueil ne seront plus du tout les mêmes. Les individus issus de l’immigration, désormais formés en fonction des besoins nationaux, seront acteurs de la croissance économique par la main d’œuvre mais également par leur consommation. Cela pourrait alors engendrer un cercle vertueux de production et de croissance. Patrick Artus et Evariste Lefeuvre démontrent parfaitement dans leur rapport Natixis sur la migration en Europe[2], que celle-ci aura un effet positif sur la croissance à long terme. Ils s’appuient sur l’argument empirique du cas de l’Espagne entre 2000 et 2008, pour qui les flux migratoires massifs ont été favorables à l’activité économique et l’emploi. Dès la fin des années 1990, l’Espagne a été la destination de flux massifs d’immigrés, à un moment où le pays connaissait un taux de chômage déjà élevé, atteignant presque 17%. Cette immigration a alors donné lieu à une hausse de la consommation, de l’emploi, et à un boom dans le secteur de la construction. D’après Patrick Artus et Evariste Lefeuvre, cette croissance sans précédent est non seulement due au rajeunissement de la population moyenne, mais aussi à l’amélioration des compétences, fruit de l’immigration observée en 2000. Tous ces arguments laissent donc penser que l’immigration peut être perçue comme une chance plutôt qu’un fardeau pour notre économie, à la condition d’imaginer la situation sur le long terme.

Le rôle primordial des institutions européennes dans la crise des migrants

Bien évidemment, nous avons besoin d’institutions et de gouvernements forts pour palier à cette crise, et même en tirer profit. A ce sujet, les institutions européennes s’avèrent inefficaces et lentes dans leurs prises de décision, si tenté qu’il y en ait, pour pouvoir remédier à une crise de telle ampleur. Les gouvernements des pays membres de l’Union Européenne, pas assez coordonnés, ont du mal à s’entendre, pour débattre de la question. Les marges de manœuvre de politique budgétaire de la plupart de ces Etats étant réduites, beaucoup s’en remettent à la politique monétaire menée par la Banque Centrale Européenne. Celle-ci, par des moyens plus ou moins conventionnels, injecte des liquidités au sein des banques de la zone euro, accroissant ainsi le risque de gonflement de bulles spéculatives. Malgré les difficultés au niveau des instances européennes et des gouvernements des Etats membres, il se trouve que les intentions des gouvernements, et de quelques acteurs publics et privés, n’en sont pas pour autant mauvaises. Il faut cesser d’être frileux et avoir confiance en l’avenir. L’accueil des migrants sur notre sol peut s’avérer efficace pour servir l’intérêt de tous.

Quelques chiffres clés :

  • 289 274 : nombre d’étudiant de nationalité étrangère dans l’enseignement supérieur français
  • 64 310 nombre de demandes d’asiles enregistrées en France en 2014
  • 1750 : Nombre de personnes qui ont perdu la vie depuis le début de l’année en tentant de traverser la Méditerranée, selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Soit 30 fois plus que durant la même période de l’an dernier.
  • 77.335 personnes ont acquis la nationalité française en 2014
  • 63 %  des immigrés entrés en France en 2012, sont au moins titulaires d’un diplôme de niveau Baccalauréat.

 

Aymeric ORTMANS

 

 

[1] Prononcée le 6 juin 1989 à l’Assemblée nationale, cette célèbre formule a été interprétée de diverses manières, aussi bien par les représentants politiques de droite que de gauche.  Juliette Deborde — «Misère du monde, ce qu’a vraiment dit Michel Rocard » 22 avril 2015 www.liberation.fr

[2] Patrick Artus, Evariste Lefeuvre : « Crise des migrants : une chance pour l’Europe », 8 septembre 2015 , Special Report Recherche économique n°79, Natixis

 

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