Les Industries et Commerces Culturels, nouveau moteur de l’économie ?

Également connues sous le nom d’Industries Culturelles et Créatives ou sous l’acronyme « ICC » , ces Industries sont aujourd’hui mises en lumières par diverses initiatives aussi bien publiques que privées.

De premier abord il semble difficile de cerner le périmètre des ICC. Les notions d’Industries et de Cultures renvoient à des notions qui évoluent au fil des années rendant le périmètre d’étude est délicat .

Cependant, de nombreux acteurs se sont intéressés à la thématique des ICC, encadrant avec de plus en plus de précisions les contours de cette notion unique recoupant de multiples appellations.

A l’origine, la notion d’ « Industries Culturelle » remonte à 1947. Theodor Adorno et Mark Horkheimer ont introduit ce concept en opposition aux industries dites de « production de masse ». Cette conception est toujours d’actualité mais doit être nuancée. Il est possible pour les ICC de produire des biens identiques à la chaîne (Les usines des éditions Hatier par exemple). Cependant, la finalité de ces entreprises, peu importe le mode de production choisi, est de propager la « culture ».

Aujourd’hui, l’UNESCO défini les ICC comme « les secteurs d’activité ayant comme objet principal la création, le développement, la production, la reproduction, la promotion, la diffusion ou la commercialisation de biens, de services et activités qui ont un contenu culturel, artistique et/ou patrimonial. »

Le rapport d’Ernest & Young rendu le 7 novembre 2013 et rédigé sous le haut patronnant du Président François Hollande apporte une définition de fait encore plus concrète en classifiant les ICC en 9 catégories : Arts graphiques et plastiques, Musique, Spectacle vivant, Cinéma, Télévision, Radio, Jeux vidéo, Livres, Presse.

Ces industries forment  ainsi un véritable « business culturel ». A la différence des entreprises traditionnelles, les ICC sont animées par la volonté de diffuser la « culture ». Cette volonté n’est cependant pas incompatible avec le profit, loin de là. C’est justement grâce à leurs profits que les ICC ont attirés l’attention des politiques et des médias.

En effet, les différentes études menées par l’Unesco, l’Union Européenne et le Ministère de la Culture et de la Communication démontrent que les ICC représentent 3,4% du PIB mondial, et 2,6% du PIB de l’Union Européenne et 75 milliards d’euros de Chiffre d’Affaire en France. Au niveau des emplois, on évalue à 5 millions en Union Européenne et 1,2 millions en France le nombre d’emploi directement et indirectement rattachés aux ICC.

En période de difficulté économique où la courbe du chômage peine à diminuer, ce secteur qui pèse plus lourd que le marché de l’automobile en France est apparu comme une possibilité de se relever définitivement de la crise. Cette crise, les ICC ne la connaisse pas. Avec une croissance estimée à 8,6% par année le business culturel apparait comme providentiel.

Certains prix sur le sujet ont d’ailleurs vu le jour. Un des plus récents, le Prix Franco-Allemand des Industries et Commerces Culturels a eu lieu en décembre 2013. Célébré à l’occasion du 50ème anniversaire du Traité de l’Elysée, ce prix a récompensé les meilleures initiatives franco-allemandes dans divers domaines culturels. La cérémonie de remise du prix a réuni le Vice-Chancellier Allemand et la Ministre Fleur Pellerin, témoignant de la prise en considération par la France et l’Allemagne de l’enjeu des ICC.

Les initiatives privées se développent également. La Résidence Créatis située à la Gaïté Lyrique accueille jusqu’à 40 entreprises du domaine culturel. Aussi bien comme « incubateur » ou « co-working » cette initiative soutenue par la Mairie de Paris permet d’aider les start up du domaine culturel à se lancer durant leur première année qui est en générale cruciale vis à vis de leur avenir.

Les ICC apparaissent ainsi comme une évolution à l’économie traditionnelle. En effet, les ICC n’ont pas pour but de satisfaire les besoins primaires de « première génération » (boire, manger, dormir) mais de diffuser la culture, pourrait on parler de besoin primaire de « deuxième génération ? ». L’accès à la culture reste en effet en partie lié au niveau de vie sociale.

Si la culture n’a jamais été autant accessible depuis l’ère du numérique, les ICC n’en ont pas toutes pris le virage. Certains secteurs tel que la Presse, la Musique ont en effet du mal à trouver un modèle économique stable sur Internet.

Cet enjeu du numérique doit être appréhendé avec sérieux, il est incontestablement l’avenir pour un grand nombre d’ICC et la capacité de ces industries à s’adapter sera probablement lié à leur croissance future.

Ainsi, entre poids économique, emploi, rupture de la dissociation traditionnelle des termes culture et économie mais aussi nécessité de s’adapter aux évolutions technologiques de notre temps les ICC sont aujourd’hui clairement ancrées dans notre paysage économique avec une prise de conscience collective de plus en plus marquée. La culture pourrait elle nous sortir de la crise ?

 

Aurélien Kropp et Guillaume Héritier

Pour aller plus loin: Le rôle de la Chambre franco-allemande de commerce et d’industrie – Jörn Bousselmi

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