L’ÉLABORATION DE LA ZONE ÉCONOMIQUE SPÉCIALE EN CORÉE

Selon les données de la Banque de Corée, les échanges inter-coréens ont représenté en 2012 97 milliards de dollars. Cette forte activité est à 99,5% due à la création en 2000 de la zone économique spéciale (ZES) de Kaesong. Rappelons qu’une ZES est une zone géographique limitée dans laquelle un gouvernement applique une législation particulière afin d’inciter les investisseurs et entreprises à créer, innover et exporter pour que la zone fonctionne comme des « laboratoires » de l’économie de marché et des nouvelles technologies ». Le projet de la ZES de Kaesong a été mené par les deux gouvernements coréens, à la suite de la déclaration commune du 15 juin 2000 qui venait clore deux jours de rencontre entre les deux dirigeants coréens qui, pour la première fois depuis la Guerre de Corée, s’engageaient dans un véritable processus de coopération économique. Deux mois plus tard, l’accord pour la création de la ZES de Kaesong entre la compagnie Hyundai Asan (filiale du groupe Hyundai) et le gouvernement nord-coréen était signé, et la zone inaugurée en 2004.

Kaesong était la capitale du Royaume de Koryo au Xe siècle (918-1392). La ville se trouve à moins d’une centaine de kilomètres de Séoul et à quelques kilomètres de la zone démilitarisée (DMZ) qui sépare les deux Corée. Si les capitaux et la technologie viennent du sud, la main d’oeuvre et le terrain sont au nord. L’avantage pour la RPDC est donc l’utilisation d’une technologie de pointe par plus de 44.600 travailleurs nord-coréens, qui ainsi produisent un bénéfice annuel pour le pays de 600 millions de dollars (les principales productions sont liées aux textiles, vêtements, ou équipements automobiles). Concernant le sud, les 120 entreprises implantées bénéficient d’avantages fiscaux ainsi que de coût de production et d’une main d’oeuvre peu coûteuse (les salaires, d’environ 67 dollars par mois sont directement versés aux autorités nord-coréennes). De plus, les produits ainsi fabriqués à Kaesong sont exonérés de droits de douane et sont vendus au sud, donc près du lieu de production.

Les États-Unis ont tenu un discours paradoxal, en ce qu’ils ont applaudi la création de la ZES et la façon dont elle incite l’ouverture du marché nord-coréen, alors qu’ils continuent d’exclure du champ d’application de l’accord de libre-échange passé avec la Corée du Sud les produits manufacturés à Kaesong. Ils n’ont également accepté que tardivement (fin 2005) qu’une ligne téléphonique soit établie entre Kaesong et Séoul, et refusent toujours que soient manufacturés dans la ZES des produits soumis à l’embargo américain contre la RPDC. Aussi, la présence de ressortissants sud-coréens à Kaesong est soumise aux aléas des relations diplomatiques. Ainsi, en avril 2013, le complexe de Kaesong avait été fermé par Pyongyang à la suite d’essais nucléaires. À la suite de négociations, le site ré-ouvrit et Séoul put imposer certaines conditions comme la possibilité pour des investisseurs étrangers de s’installer à Kaesong, afin de dissuader Pyongyang de fermer complètement le site en cas de crise diplomatique.

Les ZES et autres accords signés par Pyongyang et ses voisins témoignent ainsi d’une timide possibilité d’ouvrir le marché nord-coréen, mais on peut se demander si la politique du pays fragilisera ou renforcera cette démarche…

 

Léa Bussy

 

En savoir plus :

  • COUDROY de LILLE, « Les zones économiques spéciales en Pologne : un tremplin pour l’emploi régional ou des miettes de la mondialisation ? », Annales de géographie 6/ 2007 (n° 658), pp. 645-666.
  • CHARVIN, G. DUJARDIN, La Corée vers la réunification, Paris, L’Harmattan, 2010.

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont marqués d'une étoile *

*