L’ECONOMIE DE LA VIGNE FRANCAISE AU DEFI DU CHANGEMENT CLIMATIQUE

Une menace pour certains, une aubaine pour d’autres, la modification de la carte géographique des vins au plan mondial inquiète les vignerons français. Si les dernières années ont été difficiles pour certains cépages en France, les différentes prévisions scientifiques relatives au changement climatique annoncent un avenir sombre pour certains vignobles. Doit-on être alarmiste quant à la viticulture française ? Entre investissements dans les régions viticoles dans l’avenir, et innovations dans des techniques durables d’adaptation pour les vignobles dits en danger, comment se préparer à un bouleversement déjà amorcé ?

 

Le 8 avril 2013 paraissait dans la revue américaine Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS) une étude selon laquelle d’ici à 2050, le changement climatique aura pour effet de modifier la répartition géographique mondiale des régions produisant du vin. Selon le biologiste et principal auteur de cette étude Lee Hannah, les territoires propices à la viticulture vont se réduire « dans de nombreuses régions traditionnellement productrices de vin, comme la région de Bordeaux ou la vallée du Rhône, ainsi qu’en Toscane, en Italie ». L’Europe méridionale serait touchée par une diminution allant de 39% à 86% de ses terres viticoles, soit une réduction moyenne de 68%. Les scientifiques du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) prévoient une hausse des températures d’un à trois degrés d’ici à 2050, et qui pourrait atteindre cinq degrés d’ici la fin du siècle. Ainsi, les régions du sud de l’Europe, et plus précisément en France le Bordelais et la Vallée du Rhône connaîtraient de fortes sècheresses. En revanche, les pays du nord de l’Europe (comme en Angleterre, où la vigne prospère déjà), deviendraient des terres viticoles. La thèse selon laquelle des vignobles (notamment en France) pourraient disparaître à la fin du siècle est néanmoins controversée. Des chercheurs semblent moins inquiets, comme Jean-Marc Touzard, directeur de recherche à l’Institut national de la recherche agronomique (INRA), qui considère que cette étude « sous-estime les températures maximales pouvant être supportées par les différents cépages et les possibilités d’adaptation des producteurs ».

 

Toutefois, les conséquences du réchauffement climatique se font déjà ressentir (comme les vendanges précoces). En 2013, la récolte viticole française a atteint un niveau diachroniquement bas, et ce pour la deuxième année consécutive. Pourtant, des conséquences économiques positives à court terme sont à attendre, les fortes chaleurs étant opportunes pour la fabrication du vin. Néanmoins, des vins de meilleure qualité n’empêcheraient pas les fluctuations climatologiques de les rendre très différents d’une année sur l’autre. De telles variations rendrait le métier de viticulteur de plus en plus risqué, accentuant l’effet millésime, et créant une production instable dans un secteur spéculatif.

 

Pourtant, des viticulteurs ont relevé que les années de mauvaises récoltes n’ont pas forcément eu d’effets économiques très négatifs. Au cours des trois dernières années, la France a connu une baisse de 10% de ses exportations globales de vin, en terme de quantité. Toutefois, les prix ont globalement augmenté de 30%. Cette majoration, due à des plus faibles disponibilités, permet de contrebalancer la baisse des volumes. Néanmoins, la France continuant de perdre des parts de marché à l’échelon mondial, l’augmentation des prix ne compensera pas indéfiniment la diminution des quantités.

 

Aussi, les producteurs de vin ont déjà commencé à s’adapter. Si certains modifient leur façon de tailler la vigne, afin de protéger les raisins du soleil, de nouvelles méthodes sont à envisager, comme la plantation de vignes dans des zones plus en altitude, plus fraîches, et qui deviendront propices à la viticulture. Egalement, le recours à une irrigation des cultures est envisagé (en tenant compte des problèmes liés à l’alimentation en eau). Des viticulteurs plantent plus profondément les vignes dans le sol pour limiter les problèmes d’approvisionnement en eau. Par ailleurs, une culture de cépages différents, et plus résistants est à envisager. Enfin, il est envisagé de s’inspirer des pratiques utilisées dans les pays tels que l’Australie, le Chili, ou encore l’Algérie, où les conditions météorologiques nécessitent des méthodes bien différentes. Cependant, certaines de ces méthodes dégradent les paysages (alors que les vignes sont factrices de protection et de valorisation), c’est pourquoi l’adaptation des viticulteurs nécessite des innovations techniques variées et des relocalisations. Le coût à prévoir pour de telles transformations étant non négligeable, les producteurs pourraient pour y parvenir, se regrouper afin mutualiser les moyens pour faire face à un bouleversement climatique qui semble inévitable.

 

Élisa Morandini

Master 2 Entreprise et droit de l’Union Européenne – Université Sceaux (Paris XI)

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