L’économie est une science morale

Sans titreParu en 1998, L’économie est une science morale est un essai d’Amartya Sen. L’auteur est un économiste indien, professeur d’économie et de philosophie à Harvard depuis 1987. Sen est le premier économiste du « tiers monde », spécialiste des questions de développement, à avoir reçu le prix Nobel d’économie, en 1998. Il l’a notamment reçu pour ses travaux sur lafamine, la pauvreté, et l’économie du bien-être. Par ailleurs, l’essai du prix Nobel rassemble deux textes : La liberté individuelle : une responsabilité sociale, et Responsabilité sociale et démocratie.

Une mise en exergue des problèmes moraux dans l’économie

Dans son ouvrage ‘’L’économie est une science morale’’, le prix Nobel nous montre en effet en quoi il existe des problèmes moraux dans l’économie. Son premier essai (La liberté individuelle : une responsabilité sociale) nous explique que dans tout processus de choix social, la liberté individuelle possède une place centrale. L’essai introduit par ailleurs la notion de « capabilité » en guise de critère d’évaluation d’une société. Le deuxième essai (Responsabilité sociale et démocratie) nous informe qu’il existe un dilemme social entre équité et prudence financière, un dilemme qui se réglerait par le dialogue.

La liberté individuelle : une responsabilité sociale

Dans ce premier texte, Sen dissocie dans un premier temps les notions de « liberté positive », qui définit « ce qu’une personne, toutes choses prises en compte, est capable ou non de faire », et de « liberté négative » qui renvoie à une idée « d’absence d’entraves à la liberté ». On comprend ainsi que lorsque la liberté négative est bafouée, la liberté positive l’est aussi.
Le prix Nobel nous informe donc qu’une société a la responsabilité d’agir sur ces deux libertés pour garantir l’assurance d’une liberté individuelle.

Sen se focalise ensuite sur la notion d’utilitarisme, qui est le fait de ne voir l’essentiel que dans le résultat accompli, un résultat qui ne dépendrait que d’une caractéristique mentale : le désir. Cependant, des cas d’inégalités persistantes nous montrent que le désir sait s’adapter. Par exemple, certains analphabètes ne ressentent pas le désir de ne plus l’être, mais leur analphabétisme est un fait qui atteint toutefois leur liberté.
L’économiste nous explique donc que pour surmonter ce défaut, il est nécessaire de prendre comme critère central la notion de liberté individuelle. La manière dont les individus vont convertir leurs biens premiers en liberté est variable car il existe une diversité humaine. Et c’est justement la « capababilité » qui va calculer « l’ensemble en lequel quelqu’un est à même de choisir sa vie ».
Amartya Sen nous informe donc que les politiques publiques vont permettre la promotion de la capabilité des individus, garantissant conséquemment une meilleure liberté individuelle.

En affirmant que la liberté individuelle est une responsabilité sociale, on se lance dans une étude comparative des libertés dont jouissent les individus. Il est à noter que d’autres principes servant à la décision sociale s’opposent à cette vision, (à l’instar du principe de Pareto qui est surtout centré sur l’utilité) . Il ne faut pas pour autant prétendre que ces autres principes sont faux. Ils avancent simplement un point de vue différent, et une vision qui s’intéresse aux libertés positives et négatives demeure pertinente.
Sen affirme donc que le rôle de l’organisation sociale est d’être la plus juste possible dans l’attribution des libertés individuelles. Cela suppose une logique altruiste qui bloquerait un individu cherchant à maximiser son intérêt personnel. L’idéal serait donc d’avoir des individus intéressés par le soucis des autres. Sans quoi, la justice sociale, systématiquement refusée, ne pourrait exister.
Toutefois, lorsque les individus s’indignent face à la misère présente dans le monde, ou encore face aux discriminations, il semble alors que le nombrilisme ait des limites et que la justice soit possible.

Responsabilité sociale et démocratie

Dans ce deuxième essai, le prix Nobel explique en premier lieu qu’il est difficile de définir des idéaux lorsque l’on parle d’équité. Par exemple, relever le salaire minimum au nom de la justice peut finalement réduire les embauches et amener donc à des conséquences in-voulues.

Sen explique ensuite que le capitalisme, en accroissant l’interdépendance et les intéractions sociales entre les individus, a finalement accru les responsabilités réciproques. Il soutient l’idée selon laquelle le socialisme est un échec, bien qu’étant pertinant notamment sur la nécessité d’un Etat providence. Le problème viendrait du fait que le socialisme propose des idées qui engagent trop de dépenses publiques.
Le conservatisme financier justifie donc son existence par le fait que le manque de prudence aurait des risques inflationnistes qui impacteraient négativement la croissance. Néanmoins, Sen met en garde contre « l’extrémisme de l’équilibre budgétaire » qui aimerait, à tout prix, que le déficit n’existe pas, quitte à provoquer par exemple du chômage, ou plus largement à impacter négativement les catégories les plus pauvres.L’économiste indien note en outre que les dépenses publiques ne doivent pas se faire qu’en fonction des responsabilités sociales. Les dépenses militaires, ou encore celles liées aux entreprises publiques doivent aussi être prises en considération.
C’est ainsi que par le biais de la discussion, on peut définir où il faut donner la priorité dans les dépenses publiques. Cela s’oppose à l’idée d’un pilotage unilatéral, qui serait antidémocratique et qui donnerait lieu à des tensions.

On comprend finalement que la solution face au dilemme social se trouve dans un processus de choix public, un processus porté par la discussion qui permettrait l’émergence de politiques consensuelles.

Ce qu’il faut retenir :

L’économie est une science morale nous montre en quoi l’économie présente certains problèmes moraux. Amartya Sen nous explique que laisser le marché fonctionner seul présente économiques et sociaux, et qu’une démocratie soucieuse des problème sociaux de son pays est conséquemment vectrice d’efficacité économique. Il montre d’ailleurs par ce fait de quelle façon la démocratie s’oppose à la dictature.

 

Quelques remarques du rédacteur :

Tout particulièrement adressé aux étudiants en économie, ce livre permet de découvrir l’économiste qui se cache derrière l’IDH, un indice statistique très souvent étudié en macroéconomie.
Cet ouvrage permet la rencontre d’un auteur ultra-pédagogue qui sait diffuser ses idées politiques et qui excelle dans son art. On aurait tout de même aimé que le prix Nobel approfondisse davantage la notion de « capabilité » ; on a en effet l’impression en lisant ce livre que cette notion n’est que mentionnée.

 

RACHY Samy

Juguet Elise, HEC Paris – L’économie est une science morale  – Juin 2010 [consulté le 17 juin 2016]. 

Wikipedia – Amartya Sen – Mis à jour le 13 juin 2016 [consulté le 18 juin 2016]

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