L’économie de la confiance

La situation économique en France est mauvaise, le gouvernement Valls, malgré ses promesses, n’a pas réussi à inverser la courbe du chômage, qui reste à 10.2%, et la croissance est nulle à la fois au premier et au deuxième trimestre de l’année 2014. François Hollande, par l’intermédiaire de ses ministres, a lancé de nombreuses réformes et un plan de compétitivité, basé sur une relance de l’offre.

 

Dans son idée, en soutenant les entreprises par des déductions fiscales, des allégements de charge et des flexibilisations de l’emploi, on pourra soutenir l’investissement et donc la reprise. C’est la vieille rengaine du producteur créateur d’emploi. Ce sont les entreprises et elles seules qui sont à la source du travail et ce sont elles qui garantissent un retour à un équilibre sur le marché du travail.

 

L’OFFRE CREE SA PROPRE DEMANDE

 

Déjà, au XVIII° siècle, l’économiste Français Jean-Baptiste Say soutenait ce genre de postulat. Pour lui, « l’offre créé sa propre demande », la création d’un bien ou d’un service apporte nécessairement un débouché à sa vente.

 

En effet, pour produire, l’entrepreneur a besoin de main d’œuvre, de force de travail. Celle-ci est échangée sur un marché fictif à partir d’un prix, le salaire : le travailleur offre sa force de travail contre une rémunération. Avec elle, il peut soit consommer, soit épargner. Sa consommation ira forcément atteindre le marché des biens et services, où l’entrepreneur pourra vendre sa production, et son épargne deviendra de la consommation future, rejoignant aussi le marché de biens et services.

 

C’est en soutenant l’entreprise qu’on soutient l’emploi. Or, cela fonctionne mal en France. Malgré les incitations proposées par François Hollande ou par Nicolas Sarkozy avant lui, le chômage continue d’augmenter et la production stagne.

 

LE RESPONSABLE : LA CONFIANCE ?

 

Qu’est-ce qui ne va pas en France alors ? Lors de son intronisation à la tête du ministère de l’économie, le jeune énarque Emmanuel Macron avait appelé à « redonner confiance aux entreprises ». Cela ne serait alors qu’histoire de confiance ? Les entrepreneurs seraient réticents à produire et à embaucher dans l’hexagone par peur de l’avenir, par une méfiance dans la conjoncture future ? La confiance serait-elle la source de la croissance économique ?

 

Il faut revenir à Keynes et à ses réflexions pour tenter de répondre à ces questions. Le célèbre économiste Anglais a toujours été d’inspiration libérale : après avoir reçu une éducation universitaire classique, il rédigea une thèse sous la direction d’Alfred Marshall, l’un des pères-fondateurs de l’école Néo-Classique en Angleterre.

 

Après une très grave crise boursière à New-York le jeudi 29 octobre 1929, la situation économique mondiale se détériora et le monde occidental plongea dans une récession encore plus grave que celle connue en 2008. Le taux de chômage américain monta jusqu’à 50% de la population active et la croissance resta négative pendant de nombreuses années.

 

Dès 1929, le président Républicain Hoover maintint un cap très libéral : le « laisser-faire ». A ses yeux, le marché était seul capable de se réguler, il suffisait juste d’attendre que l’équilibre s’opère. « La reprise est au coin de la rue » disait-il à ses électeurs. Ses seules actions furent de libéraliser encore plus le marché du travail, de le flexibiliser, afin d’inciter les entrepreneurs d’embaucher plus pour réduire le chômage et la pauvreté.

 

Jusqu’en 1933, il persista dans cette voie et la situation ne s’améliora pas pour autant. Pire encore, la pauvreté grimpa aux Etats-Unis et les inégalités augmentèrent. Des bidonvilles bientôt apparurent en plein Manhattan. C’est à ce moment-là que Keynes organisa un voyage d’étude à New-York et découvrit la situation catastrophique. A ses yeux, il était de son devoir d’économiste de trouver la solution pour corriger ces défaillances.

 

L’IMPACT DE LA DEMANDE EFFECTIVE

 

Malgré le soutien politique et économique des entreprises, aucun producteur ne prenait le risque d’embaucher par crainte d’un manque de débouchés. C’est ici qu’il fallait agir, sur la confiance portée en l’avenir. Keynes conçut alors un principe fondamental dans sa théorie, « la demande effective ».

 

Un entrepreneur reste un agent rationnel qui cherche à maximiser son utilité, celle-ci étant illustrée par le profit. Si l’entrepreneur veut optimiser son profit, il va chercher à vendre le plus possible compte tenu des coûts de production. Mais s’il estime que les perspectives de vente sont faibles au regard de la conjoncture économique, il va minimiser ses coûts et donc réduire sa production.

 

Ce qu’il faut alors c’est redonner confiance à l’entrepreneur, que ce dernier estime que les perspectives de ventes puissent être favorables dans l’avenir afin d’être incité à produire plus. S’il augmente sa production, il augmente sa demande de travail et le chômage peut baisser.

 

Dans son livre, « Théorie Générale », écrit en 1936, Keynes exprime que le rôle prioritaire de l’administrateur public est de redonner confiance aux entreprises, « il doit soutenir la demande effective, l’agrégation des anticipations sur les ventes futures, qui détermine le niveau de production réel ».

 

Ainsi, il ne sert à rien, dans cette idée, de renforcer les réformes du marché, du code du travail ou flexibiliser l’emploi tant que la confiance des patrons n’est pas revenue. Et celle-ci est conjointement liée à celle des consommateurs, des investisseurs et du reste du monde. S’il n’y a pas de consommation, il ne peut y avoir de production. C’est tout le talent de Keynes de montrer ici la corrélation entre deux concepts souvent opposés.

 

UNE REPRISE DANS LE TEMPS

 

De nombreux auteurs se sont attachés à cette considération keynésienne, en affichant une importance croissante à l’idée de confiance. Dans les années 1970, le prix Nobel d’économie Georges Akerlof considérait que « sans confiance, l’échange économique est comme entravé, sinon empêché ». Il a par la suite, intégré dans ses modèles micro économétriques, des coûts supplémentaires liés à l’absence de confiance, lors d’un échange entre deux parties.

 

De la même manière, le philosophe Américano-Japonais Francis Fukuyama a cherché à expliquer les performances macroéconomiques de certains pays par le niveau de confiance sociale. Pour lui, la confiance est un « trait culturel » national quantifiable et forcément bienfaisant. « Le bien-être d’une Nation, de même que sa capacité à être compétitive, tient à un seul trait culturel général : le niveau de confiance inhérent à la société ».

 

Reste maintenant à savoir comment se détermine cette confiance. Car si elle ne dérive que des possibilités de consommation, le seul instrument de redistribution et de relance budgétaire a montré des lacunes lors des crises successives des années 1970. De la même manière, l’austérité salariale induite par les réformes néo-libérales des années 1980 n’a pas permis une relance effective de la croissance.

 

Comme le disait Fukuyama, « la confiance est un trait culturel lié à une socialisation spontanée », et peut-être que la reprise ne dépendra que d’un changement des mentalités et pas seulement d’un changement de politique.

 

Pierre Rondeau, doctorant en Économie

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