Le sablier ou la mort

Le flou croissant dans les négociations européennes, la succession de couacs au sein du gouvernement français, les débats violents aux États-Unis mettant en péril leur crédibilité laissent à croire que la notion de détermination et de vision longtermiste tendent lentement mais sûrement à devenir ésotériques.

La crise des PIIGS – États méridionaux – et la menace d’une implosion de la région monétaire a permis à la zone euro d’être sous la lumière des projecteurs. Maintenant qu’il est question de «reprise» , la place a désormais été laissée à la région du monde réputée pour être le moteur de la croissance mondiale. En effet, la succession d’événements plus ou moins préoccupants a placé les États-Unis au centre des préoccupations; on parlait d’une reprise et par conséquent, d’une réduction de l’opération « planche à billets » – appelé aussi quantitative easing – afin d’estomper les blessures des années folles – programme communément appelé « Tapering ». Bien que les marchés aient été préparés après quelques caprices de volatilité, Ben Bernanke a jugé profitable de maintenir le montant du quantitative easing à son niveau actuel – 85 milliards de dollars par mois – pour des raisons, semblerait-il, géopolitiques et financières. Bonne ou mauvaise décision, ce n’est pas le sujet si ce n’est que pour souligner la dépendance accrue des marchés à la liquidité pour assurer une pérennité économique éphémère. Le plus important tant bien pour les marchés que pour l’ensemble des acteurs économiques, fut la menace du fameux « shutdown » si des accords budgétaires n’étaient pas trouvés. Le shutdown se traduit principalement par une suspension des dépenses publiques et donc par une fermeture partielle des services publics fédéraux. Faute d’accord avant la date butoir, ce dernier eut lieu mais, étant sûrs d’un accord imminent, les indices boursiers demeurèrent au vert au détriment d’une perte non négligeable pour le prochain indicateur de croissance – GDP – trimestriel. Troisième rendez-vous, le plafond de la dette américaine. Actuellement fixée à 16 700$ , la dette fédérale a fait naître des négociations très hétérogènes entre la Maison Blanche et le Congrès dans l’unique but de relever ce seuil – déjà à un niveau stratosphérique – s’ils veulent éviter le « Treasury Bond Krach ».

Il est évident que la future dirigeante de la Federal Reserve, Janet Yellen, n’aura pas les mêmes priorités que son « futur prédécesseur », Ben Bernanke. L’État américain devra jouer sur la communication pour masquer cette crise de crédibilité passagère non-anodine pour les futures statistiques. Le shutdown et la menace d’un défaut partiel ont certes placé des milliers d’américains au chômage technique, retarder la publication d’importantes données et permis aux agences de notation de remonter sur les estrades, mais il a surtout remis en tête qu’une économie aussi bien rassurante que celle des États-Unis pouvait se retourner au moindre coup de vent si elle se trouve dans une situation de stabilité artificielle. Enfin, et ce point n’est pas des moindres, on voit bien les limites du fameux « trop peu trop tard » , de la vision courtermiste, de la liquidité comme guérison unique de tous les maux ou encore des politiques menées au détriment de la stabilité sociale. Régler le problème du plafond de la dette par de la dette alors qu’il était jadis possible de contribuer à de la croissance via des compromis fordistes laissent à croire que la facilité prend le dessus et que le seul but est de retourner le sablier et mettre la poussière sous le tapis alors qu’il faudrait une prise de conscience, une «Métamorphose … ou la mort».

OUALID Zohra

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