Le made in France ou l’exaltation du patriotisme économique

 

paris

« Douce France, cher pays de mon enfance »… Ce refrain entêtant devient la devise de nombreux français désireux de conjuguer le savoir vivre à la française tout en contribuant au dynamisme économique.

A l’heure où la mondialisation s’accélère, et où les échanges entre pays se développent, il peut paraître économiquement paradoxal de promouvoir le made in France. Véritable cheval de bataille pour certains, simple mode de vie tricolore pour d’autres, les produits de l’hexagone sont de plus en plus plébiscités. Mais qu’entend-on réellement par made in France, et quels en sont les enjeux économiques ?

Acheter français, un geste citoyen

Plus de 50% des consommateurs déclarent privilégier l’achat de produits français et 68% estime que les produits fabriqués en France sont de meilleure qualité[1]. La qualité du savoir-faire, le militantisme contre la délocalisation et la contribution à la défense des emplois sont les arguments en faveur du consommer français.

Le Made in France, emporte cependant une notion flou puisque pour certains, il désigne l’expression acheter français, et ce, peu importe le  pays de fabrication. En réalité, ce qui importe c’est le lieu de fabrication et l’origine des produits, quelle que soit la nationalité de l’entreprise qui le fabrique. En effet, le concept perd fortement de son intérêt si les produits d’une entreprise française, sont fabriqués à l’extérieur de nos frontières. Une étude réalisée par l’Institut français d’opinion publique (Ifop)[2] révèle qu’aujourd’hui, 70% des français se disent prêts à payer 5 à 10% plus cher pour acheter des produits fabriqués en France plutôt qu’à l’étranger.

Outre le sentiment de patriotisme économique qui s’en dégage, le gage de qualité est un argument souvent relevé, de même que la consommation d’un produit de proximité est très appréciée. La réduction de l’impact environnemental ou encore le respect d’un certain nombre de normes sociales entrent également dans le prisme de réflexion des consommateurs. Les chiffres tendent à prouver que cette tendance s’affirme quel que soit l’âge. Toutefois, les retraités sont plus nombreux (80%) à plébisciter la production française.

Quand la relocalisation devient une opportunité pour les entreprises

S’il y a 25 ans, la mode était à la délocalisation afin de réaliser des économies de coûts et de production, la réalité est toute autre de nos jours. En effet, le développement de certains pays comme la Chine et l’augmentation des salaires des ouvriers chinois ont fait perdre à ce pays une grande partie de ses avantages concurrentiels en termes de main d’œuvre. S’il était intéressant autrefois pour un entrepreneur de délocaliser sa production vers l’Asie pour être compétitif, cette réflexion est aujourd’hui à étudier de plus près.

Ainsi, le made in France est  bel et bien de retour ; dans l’esprit du consommateur, mais aussi dans celui de l’entrepreneur qui y voit une opportunité économique majeure ; le privilège d’une main d’œuvre de qualité et non de quantité, des échanges territorialement plus proches et par conséquent des coûts de livraison moindre. Tout redevient plus simple. Certains chefs d’entreprises se demandent même si aujourd’hui, la délocalisation ne coûte pas plus cher. C’est dans cet esprit que l’on assiste à un regain de relocalisation. Bien que la démarche soit encore timide, Bercy a recensé un mouvement prometteur de retour d’activité en France. Une étude menée par La Direction générale de la compétitivité de l’industrie et des services (DGCIS) a relevé que les entreprises qui relocalisent souhaitent surtout améliorer la logistique et la qualité de leur production et bénéficier d’une meilleure image auprès de leur consommateur.

Selon Arnaud Montebourg, ancien ministre du redressement productif, cette évolution n’est qu’à son commencement et résulte entre autres de la montée des coûts de la mondialisation. Afin de renforcer cette vague de relocalisation, il a demandé à l’Etat et aux régions d’imposer des critères sociaux et environnementaux lors de la passation des marchés publics afin de privilégier les acteurs nationaux. Il a également lancé en 2013, le logiciel Colbert 2.0 qui facilite aux dirigeants, un retour sur le territoire en évaluant les coûts qu’engendrerait un tel projet.

Une efficacité relative

Du fait de la fragmentation des chaines de valeur, il est rare aujourd’hui d’avoir des produits 100% français. En outre, il est très compliqué de quantifier la part provenant de chacun des pays dans la production des produits manufacturés. Il revient ainsi au bon vouloir des industriels de s’impliquer davantage pour afficher ce qui est réellement fabriqué en France ou non, car à l’heure actuelle, il n’y a pas de définition légale de ce qu’est le made in France.

Toutefois, l’origine de certains produits de consommation courante tels que le bœuf, les fruits et légumes ou encore les poissons est règlementée. En effet, depuis 2002, la réglementation européenne impose de préciser, le lieu de naissance, le lieu d’élevage et le lieu d’abattage des bovins. L’origine géographique des fruits et légumes, celle-ci est obligatoirement affichée depuis 2010.[3] Quant au label made in France, pour être apposé, il doit respecter un cahier des charges auquel les producteurs sont tenus. Certains y voient une stratégie marketing bien plus qu’une réelle politique industrielle. En effet, selon une étude menée auprès de 800 personnes dans 25 pays[4], le made in France a globalement une image positive et est généralement associé à des produits de qualité. A titre d’exemple, des marques étrangères, telles que Toyota ou Häagen-Dazs, ont installé leurs usines en France et mettent en avant l’argument made in France dans leur campagne de marketing.

On remarque également que les consommateurs ont aujourd’hui tendance à s’orienter vers des produits made in région[5] qui garnissent de plus en plus les étals de supermarché. Les produits Reflets de France de la marque de distributeurs Carrefour en témoignent. Ces articles séduisent de plus en plus car ils évoquent le terroir, et s’appuient sur l’authentique savoir-faire local. Ainsi, foie gras made in Périgord et thon en conserve produit en Bretagne garantissent un gage de qualité pour le consommateur qui sait ainsi qu’il contribue à réduire les gaz à effet de serre provoqués par les livraisons de marchandises lointaines.

Cependant, en temps de reprise timide de l’activité économique, et de faible pouvoir d’achat, il est parfois compliqué pour certains français de réaliser ce geste patriotique. Le made in France est tout de même coûteux et tous les français n’ont pas les ressources économiques suffisantes pour acheter des produits fabriqués en France.

 Guillaume ESTRADE et Timon MARGUE

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Pour aller plus loin :

[1] Source internet : www.originefrancegarantie.fr

[2]Source internet  rtl.fr Philippe Roy-Contencin « Les français prêts à payer plus cher pour du made in France », 09/09/2015.

[3] Origine des produits : quelle information du consommateur ? 18/02/2013

[4] Etude menée en 2013 par l’agence de publicité CLM-BBDO.

[5]  Laure-Emmanuelle HUSSON , challenges.fr , “les produits manufacturés ont désormais leur indication géographique protégée”, 03/06/15

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