Le Japon à la traine en matière de transition énergétique

La politique énergétique du Japon a radicalement changé depuis Fukushima. Le Japon a arrêté l’essentiel de ses réacteurs et importe massivement des énergies fossiles. L’archipel est devenu, selon l’agence internationale de l’énergie (AIE), le premier importateur mondial de gaz, le second de charbon et le troisième de pétrole. Malgré une véritable prise de conscience de la population, les énergies renouvelables tardent à se développer.

 

A la suite de la catastrophe nucléaire de Fukushima, le gouvernement de Kan Naoto a forcé l’arrêt des réacteurs nucléaires encore en activité dans l’archipel. L’autorité de sûreté nucléaire a par la suite jugé que la majorité d’entre eux ne respectaient pas de critères assez stricts pour reprendre la production électronucléaire.

Depuis qu’il a diminué sa production nucléaire (54 réacteur au total dont seulement 29 en activité en 2011  depuis Fukushima), le Japon a relancé ses capacités de production électrique à partir de centrales à gaz et au charbon. Cela a entraîné une véritable explosion des prix du gaz naturel liquéfié (GNL, +40% de janvier 2011 à janvier 2013[ii]) en Asie, alors même que la Chine importait déjà des quantités considérables. En quelques mois, le Japon est devenu le premier importateur mondial de gaz naturel.

Face à cette demande croissante, l’Australie et l’Indonésie ont accéléré leurs projets de terminaux de liquéfaction pour exporter leur gaz naturel vers l’archipel nippon. Le Japon espère également que les Etats-Unis, qui exploitent d’immenses réserves de gaz non-conventionnel, exportent bientôt vers l’archipel à travers des terminaux de liquéfaction en construction en Californie. Dans les projections du scénario de transition énergétique du gouvernement japonais, le gaz représentera toujours au moins 35% du mix énergétique du pays à horizon 2030.

L’alternance et le retour au pouvoir du parti libéral-démocrate en décembre 2012, dirigé par Abe Shinzo, n’a que peu changé la donne. S’il a réussi à relancer trois réacteurs, il reste bloqué par les restrictions de sécurité de l’autorité de sûreté nucléaire, dont les prérogatives ont été étendues en 2012.

L’inquiétude monte au sein du département du commerce extérieur du Ministère de l’Industrie et du Commerce (METI). La dépréciation du Yen a entraîné un renchérissement des importations d’énergie fossile sans relancer les exportations. Le déficit annoncé en mars de 82 milliards d’euros est inédit. Le choix du tout-fossile pour remplacer les réacteurs nucléaires est coûteux à court terme.

Le Japon avait pourtant réussi le pari fou de baisser sa consommation électrique après l’accident nucléaire de 15% en quelques semaines à l’été 2011, après la catastrophe de Fukushima . Le gouvernement de Kan Naoto avait réussi à changer les habitudes de consommation de la population, incitant les Japonais à réduire leur usage de climatiseurs, à prendre les escaliers plutôt que les ascenseurs et à utiliser moins d’appareil électriques. Les usines avaient différé une partie de leur production de la semaine au weekend pour éviter de surconsommer. Cela a permis à l’archipel d’éviter un blackout.

Le gouvernement hésite face aux enjeux de la transition énergétique. Mais alors qu’il continue de chercher à relancer les réacteurs nucléaires du pays, de nombreuses initiatives locales commencent à développer les énergies renouvelables. Le nouveau gouverneur de Tokyo, Masuzoe Yuichi, a par exemple lancé un fonds public-privé devant réunir 10 milliards de Yen (80 millions d’euros) pour développer les énergies renouvelables dans la mégalopole. Du côté de la préfecture de Fukushima, le gouvernement local a acté le projet d’atteindre 100% d’énergies renouvelables en 2040. Il contemple depuis peu un champ d’éoliennes flottantes flambant neuf au large de la préfecture. Ce récent projet permet déjà d’alimenter plusieurs milliers de foyers en électricité renouvelable. Il pose les bases de la production énergétique renouvelable de l’archipel, qui ne pèse que pour 10% du mix énergétique dont 9% d’hydroélectricité. L’avenir renouvelable du Japon est devant lui.

 

Matthias Bardon

Pour en savoir plus :

 

– Chevalier, Jean-Marie ; Cruchiani, Michel ; Geoffron, Patrice, Transition énergétique, les vrais choix, éditions Odile Jacob, 2013

– Sabouret,  Jean-François, Japon, La fabrique des futurs, CNRS Editions, 2011


 

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