Le dollar et le yuan : Duel au sommet du système monétaire international.

 

shutterstock_310194782

Depuis la seconde guerre mondiale, le dollar est la monnaie internationale de référence. Cependant, aujourd’hui sa pérennité est remise en question et certains voient dans le yuan un challenger sérieux.

Le PIB (Produit intérieur brut) américain représente aujourd’hui 16% du PIB mondial, contre environ 25% après la guerre. Alors que l’influence américaine décline, la question se pose de savoir si le dollar peut  garder son statut de monnaie internationale unique et combien de temps pourra subsister ce système où la FED domine.

La domination du dollar en proie aux doutes

Le dollar est plus utilisé que jamais. Les pays émergeants en recherche de stabilité ont construit des réserves en dollar et en achetant des actifs dénominés (principalement des bons du trésor). Pour les investisseurs  (banques, fond de pensions, etc.)  ces réserves sont sources de stabilité et promettent au rythme de la croissance mondiale, une demande toujours plus forte pour le dollar. Ce dernier est régit par la Fed (Federal Reserve system) comprenez la  banque centrale américaine, dont l’influence est de plus en plus forte, notamment depuis la crise et les énormes injections de liquidité qui ont suivies. Le reste du monde subit donc les fluctuations de capital induites par la politique de taux de la Fed. A long-terme, la domination du dollar est donc remise en question. Mais quel sera son remplaçant ? La livre britannique a précédé le dollar dans ce rôle (notamment tout au long du XIXe siècle) mais ne peut plus y prétendre aujourd’hui car l’économie anglaise n’est plus aussi importante mondialement. Les économies de la zone euro et du Japon, concurrents sérieux, connaissent aujourd’hui un déclin relatif encore plus important que celui des Etats-Unis. En raison du développement spectaculaire qu’a connu la Chine au cours des dernières décennies les regards se tournent depuis quelques temps vers le yuan. Qu’en est-il réellement ?

Le yuan peut-il concurrencer le dollar ?

Le trading de Yuan se développe rapidement dans de nombreux centres financiers (Hong Kong, Londres …), mais il reste avant tout spéculatif, le « redback »[1] étant encore très peu utilisé comme monnaie de réserve ou de transaction. Le yuan ne flotte pas librement à l’inverse du dollar. La Banque Centrale chinoise intervient fortement sur le marché des devises pour maintenir le yuan contre le dollar (actuellement aux alentours de 6,3 yuans par dollar). Sa valeur n’est donc pas définie par les forces du marché mais de manière discrétionnaire par la banque centrale chinoise, non indépendante. Ceci décrédibilise le yuan. De plus, les marchés financiers chinois sont en réalité très peu développés, très réglementés et  donc difficilement accessibles pour les investisseurs étrangers. En intervenant pour soutenir le marché en chute à l’été 2015, les autorités chinoises ont montré qu’elles n’étaient pas prêtes à relâcher leur contrôle de l’économie, ce qui ne rassure en aucun cas  les investisseurs étrangers.

Entre les deux guerres mondiales, la transition entre la livre et le dollar ne s’est pas faite subitement. Les deux monnaies ont coexisté au centre du système monétaire international pendant toute cette période. Il est possible d’imaginer que dans un futur  proche  le yuan cohabitera avec le dollar. Dans les années 70 et 80, certains économistes prédisaient, à tort, que l’actuelle monnaie européenne, et le Yen japonais, rivaliseraient avec le dollar. Le yuan chinois peut-il, lui, rivaliser avec le dollar et éviter de rejoindre les rangs des prétendants malheureux ? Si la Chine se réforme et s’ouvre, cette hypothèse ne paraît pas invraisemblable.

 

Mathias Blouin

« Pour en savoir + » :

The Economist, ensemble d’articles« The world economy », 03/10/2015.

 

 

 

 

[1] Le « redback » désigne le yuan, de couleur rouge, en opposition au « greenback », référence au dollar.

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont marqués d'une étoile *

*