Le Développement Durable, un levier de croissance ?

Comment les intérêts des entreprises peuvent être influencés par la nécessaire préservation environnementale ainsi que l’équité de la population ? Cette question est accompagnée de la problématique conjoncturelle : pourquoi les entreprises ont-elles du mal à implémenter le Développement Durable, créateur de richesses, dans un contexte de crise ?

Le Développement Durable a été défini par la Commission Mondiale sur l’Environnement et le Développement (1987) comme « le développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à satisfaire leurs propres besoins » : il semble alors crucial de déployer trois axes majeurs : l’adoption d’une démarche environnementale, l’équité sociale et l’équilibre économique. Ainsi, ces trois piliers doivent être gérés (et non subis) afin de garantir qualité de vie, préservation de l’environnement et prospérité des entreprises.

 

La crise, formidable prétexte de développement

Les sceptiques au développement durable estiment que cette démarche n’est à adopter que dans les périodes prospères, stipulant qu’il ne s’agit que d’une option et qu’en temps de crise il est nécessaire de se focaliser sur l’essentiel. La réflexion doit alors se positionner en intégrant le développement durable dans une logique de réduction des dépenses (mutualisation des moyens, rationalisation, etc.), maîtrise des risques, évolution du périmètre visant à s’ouvrir aux marchés à forte croissance.

Considérons enfin que la mutation structurelle de nos organisations, où la compétitivité entre acteurs et la raréfaction des ressources puissent permettre aux entreprises de travailler plus équitablement. La crise que nous vivons peut alors nous permettre de reconstruire une approche plus saine et viable pour les Hommes ainsi que pour les entreprises. La formulation de Jean Monnet peut alors nous éclairer sur la nécessité de changement : « Les Hommes n’acceptent le changement que dans la nécessité, et ils ne voient la nécessité que dans la crise ».

N’oublions pas que la dérive morale (augmentation des inégalités, dérégulation du système financier etc.) est l’une des origines de la crise ; cette crise vécue comme une catastrophe naturelle ou une pollution destructrice de notre système. Ainsi, le développement durable a l’opportunité de changer les pratiques afin d’assainir un environnement global souillé afin que les consommateurs puissent consommer de façon équitable, et que les industriels puissent mieux produire. La population, face à la mondialisation grandissante, souhaite être autonome et engagée vis-à-vis de la collectivité. Le développement durable joue alors un rôle prépondérant, réconciliant l’Homme parmi les siens et son environnement. Les études montrent que les français, depuis la crise, sont de plus en plus concernés par les risques sur l’environnement et leur santé ; ainsi que sur les thématiques sociales et économiques (pouvoir d’achat, emploi etc.).

 

Une convergence nécessaire entre le Management de Projets et le Développement Durable

La discipline « Management de Projets » se focalise sur la gestion des processus « projets » visant à satisfaire les résultats attendus par les parties prenantes d’un projet : construction d’une infrastructure, développement d’un logiciel etc. Le niveau d’intérêt ainsi que les comportements stratégiques du développement durable et du management de projets demeurent néanmoins différents. Le premier promeut une vision à long-terme (préservation des ressources pour les générations futures) s’intéressant aux thématiques environnementales, sociales et économiques. Le second se concentre néanmoins sur une autre grille d’analyse : le court et moyen-terme, l’intérêt des parties prenantes (clients, industriels, autorités, etc.) et la gestion du triangle de fer : qualité – coûts – délais. Les entreprises ont alors du mal à appréhender leur investissement à long terme et, dans la plupart des cas, ne réussissent pas à véritablement impulser une méthode globale de développement intégrant les trois piliers du développement durable. Les sceptiques verront alors cette démarche luxueuse et dépensière ; les optimistes défendront les bienfaits à long terme de ce processus liant l’économie, le social et l’environnement.

Pourquoi les entreprises peinent-elles à (sincèrement) jouer le jeu ?

Le monde de l’entreprise est souvent perçu comme responsable de tous les maux environnementaux et sociétaux. Ce déficit d’image est accentué par le fait que l’on reproche souvent aux entreprises d’aborder le développement durable sous l’angle de la communication sans sincère implication dans la gestion de projets. Certaines entreprises ont du mal alors à incorporer l’efficience de ce triptyque économique, social et environnemental à cause sans doute d’un problème de perception des bénéfices que cela peut procurer (économie des ressources par exemple). Au même titre que les problématiques de qualité, les normes et recommandations sont perçues comme étant trop compliquées ; les contributeurs répondent alors à ces exigences uniquement pour être conforme à la réglementation en vigueur. Néanmoins, le modèle rationnel traditionnel de l’entreprise « coûts – bénéfices » ne peut faire l’économie d’une politique globale, durable, ralliant les problématiques environnementales et sociétales.

Les études de Dyllick et Hockerts (2002) démontrent que la production durable augmente de façon significative non seulement la valeur du produit mais également la valeur ajoutée de l’attente d’un client (notion de « value management », préconisant la suppression des fonctions inutiles, des coûts intermédiaires etc.). De part la course contre la montre auxquelles sont contraints les managers des entreprises, il est souvent difficile pour eux de mettre en œuvre dès le début du cycle de vie d’un projet la dimension « durable », alors que c’est justement dès les premières esquisses que cette logique doit avoir lieu afin de récolter, à long terme des bénéfices. Dans de nombreux domaines, l’adoption de nouvelles pratiques devrait se focaliser sur un bilan global (effets secondaires produisant une synergie positive) afin de prendre en compte l’ensemble des systèmes. A l’agonie, les entreprises peinent à sortir de la crise et se focalisent bien plus sur leur bilan financier (réduction de dette etc.) que sur l’investissement en faveur du développement durable. C’est un tort, puisque ce dernier est vecteur de croissance ; en effet, il intègre l’optimisation des processus, favorisant davantage la rigueur dans l’analyse financière ainsi que l’équilibre de chaque collaborateur dans un contexte où ce dernier doit plus que jamais se sentir utile et porteur de progrès.

Les institutions internationales guident les acteurs à mettre en œuvre le développement durable dans les projets (norme ISO 2600 « Responsabilité Sociale » et norme ISO 14031 « Evaluation de la Performance Environnementale ») établissant les règles standards de dialogue entre les parties prenantes, garantissant ainsi sept fondamentaux de développement : l’organisation de la gouvernance, les droits de l’Homme, les conditions de travail, l’environnement, la loyauté, le comportement du consommateur et le développement local. En France, les initiatives se font également connaître comme par exemple la loi « RT2012 » (Réglementations Thermiques) définissant les dispositifs à mettre en place afin de réduire la consommation énergétique des nouveaux bâtiments.

Ainsi, s’engager dans le développement durable c’est prendre conscience, pour les entreprises comme pour la population, de l’excès de la consommation des ressources qui se raréfient dans un contexte où l’équation « coûts – bénéfices » semble trop minimaliste face à l’intégration des dimensions qui vont au delà de l’économie à court terme. Cette crise est alors l’occasion de s’engager dans une démarche responsable et vertueuse d’optimisation des coûts. C’est donc dans cette logique que le développement durable est, plus que jamais, un des antidotes à la crise.

Clément TORRES

Pour aller plus loin :

Ackles, B., Barnard, L., Haner, J., & Weese, T. (2011). Making Sense of Sustainability Project Management. Grimsby: Lawrence Thomas Barnard.

Bentley, C. (2010). PRINCE2: A Practical Handbook. Burlington: Elsevier Ltd.

Dyllick, T., & Hockerts, K. (2002). Beyond the business case for corporate sustainability. Business Strategy and the Environment, 130-141.

Labuschagne, C., & Brent, A. (2005). Sustainable Project Life Cycle management: the need to integrate life cycles in the manufacturing sector. International Journal of Project management, 159-168.

PMI. (2007). Project Manager Competency Development – Second Edition. Philadelphia: PMI.

Silvius, A. (2010). Report workshop 2, Expert Seminar Survival and Sustainability as Challenges for Projects. zurich: International Project Management Association.

World Commision on Environment and Development. (1987). Our Common Future. Oxford: Oxford University Press, Great Britain.

Virginie de Chassey – La place du développement durable en temps de crise

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