L’année de césure : l’école de la vie

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A l’aube de l’entrée dans la vie active, l’année de césure permet d’appréhender les rouages du monde du travail et de se forger une expérience marquante tant sur le plan professionnel que personnel. L’étudiant peut décider de suspendre provisoirement son cursus durant une période de 6 mois à 1 an afin de se consacrer à un stage en France ou à l’étranger. Le but est ici de confronter ses choix théoriques à une réalité plus pratique

Un encadrement renforcé dans une optique de sécurisation

Avant la circulaire du 22 juillet 2015, les contours de la mise en œuvre de l’année de césure étaient flous. Largement pratiquée dans les écoles de commerce et d’ingénieurs, un peu moins dans les universités, elle était laissée à libre appréciation des établissements d’enseignement supérieur. Certains étudiants étaient même pénalisés du fait de la non-garantie de leur réinscription universitaire. Ces éléments les freinaient dans leurs projets, et nombre d’entre eux, n’avaient même jamais entendu parler de l’année de césure. C’est dans cette optique de sécurisation et d’information, que le ministère de l’Education nationale a décidé d’encadrer ce dispositif pour permettre de mieux l’appréhender. Les étudiants pourront donc réaliser une période de césure pouvant aller de six mois à un an, en France ou à l’étranger, pendant leur parcours tout en conservant leur statut d’étudiant et les avantages qui s’y rattachent. Ils seront également assurés de leur réinscription au sein de l’établissement car le gouvernement insiste sur le fait qu’il s’agisse d’une « suspension du parcours universitaire, mais en aucune façon comme une rupture qui s’avèrerait pénalisante » comme l’indique la ministre Najat Vallaud-Belkacem dans un communiqué. De plus, cette césure a un caractère facultatif selon les établissements, elle n’est donc en aucun cas imposée à l’étudiant qui reste libre de son choix.

Une tendance anglo-saxonne qui se démocratise

Dans les pays anglo-saxons, la tendance n’est pas nouvelle. Plus connue sous le nom de gap year, la césure a généralement lieu entre la fin des études secondaires et l’entrée à l’université. Il est alors fréquent de voir des étudiants faire des pauses dans leurs études pour voyager ou effectuer des stages ou s’engager dans l’humanitaire avant d’entamer leurs études. Le but est de développer ses soft skills, comprenez les capacités relationnelles et humaines innées pouvant améliorer le travail en entreprise. Elles s’affirment au cours des expériences vécues et s’opposent aux hard skills, compétences théoriques et techniques mesurables qui s’acquièrent lors des formations scolaires. « Dans les pays anglo-saxons, l’individu construit sa vie, alors que les Français se construisent via un diplôme pour acquérir une position sociale, finir son parcours scolaire dans les temps est la preuve suprême de la réussite » explique Vincenzo Cicchelli, maitre de conférence en sociologue à Paris Descartes. En effet, les soft kills ne sont pas assez valorisées par les recruteurs français mais voient progressivement leur importance s’accroitre au fil du temps. La généralisation de l’année de césure en est un bon exemple. Un recruteur face à un candidat ayant expérimenté une telle aventure, le percevra comme un potentiel challenger, et accordera une attention particulière à son profil, car l’organisation d’un défit comme celui-ci, nécessite une autonomie et une gestion particulière.

Une parenthèse séduisante qui se prépare

cesureEnrichir son CV, élargir ses horizons, améliorer ses compétences linguistiques, autant d’arguments en faveur de la césure. Cette expérience doit représenter une réelle opportunité d’apprentissage et de maturation de projets. Si sur le papier elle séduit, partir durant une année demande réflexion et anticipation au risque de déchanter et de n’aboutir que sur la perte d’une année. Nombre d’étudiants ont vu l’excitation laisser place à la déception. C’est le cas de Benoit étudiant en école de management «  J’ai trouvé une offre de 6 mois dans une petite entreprise qui a ouvert des fast-foods à Londres. J’avais estimé qu’être dans une PME en développement me permettrait d’avoir plus de responsabilités. Mais c’est l’inverse qui s’est produit. Je me suis retrouvé dans un stage très mal payé et très peu enrichissant. Il fallait que je compte les sandwichs invendus à la fin de la journée par exemple » raconte-il dans les colonnes de l’Etudiant magazine. Il continue en précisant, qu’après en avoir discuté avec son école, il a décidé de mettre fin à ce stage non valorisant. Depuis, il s’épanouit au sein de l’équipe Finance d’Orange à Londres.

Une nouvelle vision de la vie professionnelle

L’année de césure permet de prendre du recul et d’appréhender le monde professionnel de manière plus pratique. Chose nécessaire lorsque l’on remarque la différence qui existe entre la théorie et la pratique. Il s’agit donc d’une seconde chance offerte à l’étudiant, lui permettant de corriger une éventuelle erreur d’orientation ou au contraire de renforcer ses choix, et le développement de ses compétences. C’est le cas d’Alice, étudiante en Master à Audencia, école de commerce à Nantes. Elle explique que dans son cas, la césure lui a été imposée par son établissement, mais même si cela n’avait pas été le cas, elle aurait tout de même opté pour ce choix. « Je voulais m’assurer de la bonne direction que je donnais à mes études. La césure pour moi était l’occasion de décider de ma spécialisation en Master 2 » Apres maintes recherches à l’étranger infructueuses, et les jours défilant à toute allure, elle finit par accepter un stage non rémunéré à Vienne, dont le poste lui correspondait parfaitement « j’ai dû financer mon projet toute seule; j’ai fait un prêt étudiant et puisé dans mes économies. Je bénéficiais également d’une bourse du Crous ». Elle précise néanmoins que c’était une belle expérience professionnelle : « il s’agissait d’un stage de cinq mois en tant que chef de projet dans une agence de tourisme d’affaires, dans lequel j’ai énormément appris. J’ai acquis de la rigueur et de l’autonomie. Nous n’étions pas nombreux et j’avais des responsabilités assez importantes. J’ai également considérablement amélioré mon allemand et mon anglais. Si c’était à refaire, je le referais sans hésiter » Gagner en expérience professionnelle pour mieux définir ses futurs projets et éviter la désillusion, tels sont donc les principaux buts de la césure. L’occasion pour l’étudiant est de vérifier s’il réussit à s’adapter ou non au contexte professionnel pour lequel il a étudié ces dernières années. L’adaptation au monde du travail nécessite de développer des compétences nouvelles et un état d’esprit qui répond aux attentes des recruteurs.

Année de césure, sabbatique, gap year, autant de mots pour un même objectif : apprendre davantage sur soi, écouter ses envies et ses aspirations, apprendre un métier, aller à l’aventure et faire des rencontres. Une autre vision de la vie loin du confort habituel avec dans l’esprit l’aboutissement d’une première expérience enrichissante. Vous l’aurez compris, c’est une opportunité qui n’aura peut-être plus l’occasion de se présenter, alors autant la saisir.

Cheherazade Chikhi

Pour en savoir plus

  • Sylvie Lecherbonnier, Nicolas Berrod, Sarah Hamdi «  année de césure, les pièges à éviter » 12 septembre 2015 letudiant.fr
  • Lucie Quillet, « La gap year, nouvelle tendance pour les étudiants » 28 juin 2013, etudiant.lefigaro.fr
  • « les jeunes et l’année de césure » étude Animafac, viavoice, avril 2015 animafac.net

 

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