La recherche d’un nouveau modèle de croissance en Chine

                Le ralentissement de la croissance chinoise appelle à de nombreuses questions quant à la pérennité de son modèle économique et à la capacité du gouvernement chinois à lancer des réformes structurelles permettant d’augmenter la part de la consommation intérieure dans son modèle de croissance.

Le développement de l’économie chinoise semble poursuivre une ascension inexorable depuis la fin des années 70, lorsque Deng Xiaoping a entamé les réformes économiques ayant menées à une « économie socialiste de marché ». La Chine a montré depuis une grande maîtrise de son économie ainsi qu’une forte capacité de réaction. Ainsi, lors de la crise asiatique des années 1997 et 1998, le gouvernement avait rapidement lancé de grandes opérations de restructuration des entreprises d’Etat pour  contrôler les distributions de crédits jusqu’ici relativement débridées.

Toutefois la part de la consommation intérieure dans le PIB n’a cessé de diminuer au profit de l’investissement, générant progressivement des problèmes de surproduction à partir de 2004. Si la Chine a pu éviter  une crise économique similaire à celle que les Etats-Unis ont subis en 1929, c’est grâce à une balance commerciale particulièrement excédentaire. Celle-ci a atteint un pic en 2008 avec 9% du PIB. La crise financière qui a alors frappée les économies européennes et américaine a considérablement réduit le marché extérieur pour la Chine.

Les chiffres relativement mauvais de la croissance chinoise, 7,1% en 2013 selon les prévisions de la banque mondiale, et de la dette chinoise, passée de 117% du PIB en 2008 à 170% en 2012, confirment l’idée que s’appuyer sur la consommation intérieure devient de plus en plus nécessaire pour conserver une croissance à deux chiffres. On considère en effet que si le taux de croissance continue de diminuer, l’économie chinoise ne sera plus à même d’intégrer le flux de travailleurs arrivant des campagnes. Une crise sociale alimentée par le développement du chômage est un écueil que l’Etat chinois redoute en raison des atteintes à la stabilité du régime que cela provoquerait.

Si le gouvernement de Wen Jiabao a lancé en 2010 des réformes portant sur la protection sociale qui visaient à étendre les assurances maladies et vieillesses, force est de constater que les chinois continuent d’épargner massivement pour faire face aux aléas, privant ainsi l’économie chinoise de 6 à 8 points de croissance selon les spécialistes.  En outre, la répartition de la valeur ajoutée au sein des entreprises est actuellement encore relativement déséquilibrée : la valeur ajoutée est en grande partie réinvestie dans l’entreprise, au détriment des salaires. Une plus juste redistribution favoriserait la consommation intérieure et le développement du secteur tertiaire.

Dans ce contexte, le changement de présidence de la Commission de supervision et d’administration des biens publics est attendu avec impatience. En effet, cet organisme créé il y a 10 ans gère les 113 principales entreprises d’Etat et promeut depuis sa création une séparation plus nette entre les mondes politique et économique. Selon An Lin, président du cabinet pékinois de conseil en management Qiushi Lianhe, le prochain président de cette commission devra avoir « l’expérience du  passage à l’économie de marché et l’étoffe d’un administrateur ». Parallèlement, le troisième plénum du XVIIIème Congrès du Comité central du Parti communiste chinois qui se tiendra en novembre devrait apporter des précisions quant à l’ouverture à la concurrence des grands monopoles d’Etat.

Le récent lancement d’une zone franche à Shanghai entretien l’espoir d’une volonté politique de réformer structurellement l’économie chinoise. On se souvient en effet des zones de libre-échange lancées en 1979 qui avaient servies de laboratoire d’expérimentation avant le lancement à plus grande ampleur de mesures libérales. La zone franche de Shanghai promet entre autre une libre convertibilité du yuan, une fiscalité avantageuse et une libéralisation des taux d’intérêts. En revanche, si des assouplissements de la censure avaient été espérés, le gouvernement chinois n’a finalement pas fait de proposition en ce sens, soulignant une fois de plus son intime paradoxe, à savoir être un régime autoritaire faisant la promotion d’une économie libérale.

 

MIAZGA Paul

 

En savoir plus :

–          Jean-François Huchet, Wang Wei, Chinese Firms in the Era of Globalisation

–          Conférence de Jean-François Huchet et Xavier Richet: vers un nouveau modèle de croissance en Chine ?

–          Courrier international n°1195 (traduction du journal pekinois Jingji Guancha Bao)

 

 

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