La chute des prix du pétrole pour les nuls

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Bon nombre d’entre vous ont sans doute constaté la baisse des prix à la pompe depuis un moment. Quel bonheur pour le consommateur de payer l’essence à un juste prix ! Mais vous êtes-vous demandé pourquoi ?

En réalité, la chute des cours du pétrole s’explique par une surabondance de l’offre et une demande trop faible. En effet, depuis 2014, le pétrole a perdu 70% de sa valeur(1). Le prix du baril est passé de 110 à 50 dollars entre 2014 et 2015, pour aujourd’hui atteindre les 30 dollars. Cette baisse fulgurante s’explique tout d’abord par un ralentissement économique, mais surtout par situation géopolitique complexe.

Un ralentissement économique qui impacte les marchés

La baisse des cours du pétrole alimente  » la spirale déflationniste « (2) au niveau mondial, et notamment en Europe. Définit comme  » la baisse de l’indice des prix observés sur une période suffisamment longue » (3), on constate que depuis plusieurs années le pétrole est à son plus bas. On estime le baril à 20 dollars pour le courant 2016.

D’un côté la déflation augmente le pouvoir d’achat des ménages, ce qui laisserait envisager une augmentation de la croissance. Pourtant, la baisse des prix induit les consommateurs à reporter leurs achats dans l’attente de nouvelles baisses, et en ce sens, ce n’est pas synonyme de croissance. Ajoutons à cela, que la baisse n’est pas ressentie directement par le consommateur européen à cause des taxes. Pendant que les américains payent 40 cts leur litre, les français eux, le payent 1 euro.

La situation économique de la Chine est l’une des causes centrales de la baisse des cours du pétrole. La deuxième puissance économique mondiale, a connu trois dévaluations successives ces derniers mois. La dépréciation du yuan face au dollar fragilise les marchés financiers et fait chuter les bourses chinoises. La Chine ne parvient plus à acheter du pétrole car sa monnaie est trop faible et doit donc baisser sa production. L’appréciation du dollar vis-à-vis des autres devises a donc aussi impacté les cours du pétrole. Si la chute des prix provient principalement de questions économiques, alimentées par une demande amoindrie et une hausse du dollar, une question politique vient s’y ajouter.

Une situation géopolitique complexe

Aujourd’hui, les Etats-Unis sont devenus le premier producteur mondial de pétrole de schiste, devant l’Arabie Saoudite qui refuse de réduire sa production. La situation est la suivante : Les Etats-Unis bénéficient de ressources naturelles, qui leur permettent de produire du pétrole en masse ce qui fait fleurir leur économie à hauteur de 12 millions de barils par jour(7)  Alors que la production des Etats-Unis augmente, l’Arabie Saoudite maintien sa production pour ne pas perdre ses parts sur le marché. Finalement, l’Arabie Saoudite impose ce refus parce qu’elle possède des coûts de production relativement bas, entre 5 et 10 dollars le baril, ce qui signifie que son économie n’est pas impactée directement par cette situation. C’est pourquoi, de par son refus, elle laisse entendre aux Etats-Unis que « le pétrole de Schiste n’est pas le bienvenu »(8). Par ailleurs, « L’organisation des pays exportateurs de pétrole » (OPEP) a pour objectif de coordonner les politiques pétrolières des États membres, à la fois pour rentabiliser les investissements des producteurs et assurer l’approvisionnement des consommateurs. Composé de 12 membres, L’OPEP a pour rôle de coordonner la politique étrangère des pays membres en vue d’équilibrer les prix du pétrole sur le marché mondial. Cependant, ces dernières années la situation entre les membres de l’OPEP est fragilisée. Elle ne parvient plus à trouver un accord face à la surproduction de pétrole. Le dernier rassemblement de l’OPEP devait donner lieu à un arrêt des quotas de production de l’Arabie Saoudite, cependant, le pays a choisi de geler sa production en accord avec la Russie. Ce gel de production n’est pas une solution durable face à cette surproduction dans la mesure où cela ne permet de pas de relancer la demande. La stratégie de l’Arabie Saoudite est simple, c’est le pays qui a le plus de réserves et qui dirige l’OPEP. Ce qui signifie que c’est l’acteur majeur de cette organisation qui en le « contrôle » en quelque sorte. En choisissant de geler sa production, elle souhaite rester sur le marché pour continuer de faire baisser les cours de façon à mettre en difficulté les Etats-Unis. Toutefois les autres membres de l’OPEP sont eux-mêmes fragilisés par cette baisse. Le Venezuela et l’Algérie sont dans une situation financière compliquée, plus particulièrement le Venezuela « dont 96% des recettes d’exportations proviennent de la vente de l’or noir »(4) D’un autre côté, l’Équateur est aussi touché, et doit « pomper à perte »(5) pour s’en sortir économiquement. Pour le moment, l’OPEP n’envisage « pas de baisse de production »(6) jusqu’à la prochaine réunion qui aura lieu en Juin prochain.

Tandis que l’Arabie Saoudite, souhaite s’assurer que la Russie gèle aussi sa production, la levée récente de l’embargo sur l’Iran, amène une production iranienne sur le marché pétrolier. Depuis plusieurs années, pour des raisons notamment politique, un embargo pesait sur l’Iran et empêchait notamment, le pays d’accéder au commerce international. Le 14 Juillet 2015, les Etats-Unis, l’Allemagne, la Chine, le Royaume-Uni, la Russie et la France, sont parvenus à un accord sur le nucléaire iranien et ont levé les sanctions retenues contre l’Iran de façon à lui permettre d’agir de nouveau sur la sphère économique. Ainsi grâce à cette levée de l’embargo, l’Iran va de nouveau être sur le marché pétrolier et risque d’engendrer une baisse consécutive des cours. La Banque mondiale a estimé que son arrivée sur le marché ferait baisser le prix du baril à 10 dollars. Ces estimations s’expliquent par l’excès d’offre sur le marché actuel, auquel s’ajoutent les nouveaux flux pétroliers de l’Iran.

Une chose est sure, les problèmes économiques trouvent toujours des solutions, en revanche qu’en est-il des questions politiques ? La venue de l’Iran sur le marché ne va pas rehausser les prix, au contraire. Les pays fragilisés financièrement ne peuvent plus s’en sortir, et si la situation perdure, on craint une implosion au sein de l’OPEP.

                                                                                                       Mathilde Ralambomiadana

 

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