Interview de Monsieur Gildas de Muizon

Rencontre avec Monsieur Gildas de Muizon, associé et directeur exécutif de Microeconomix, cabinet de conseil en économie spécialisé en matière d’analyse microéconomique et d’économétrie.

 

Quelles études avez-vous faites?

 

GDM: J’ai à la base une formation scientifique, Math Sup et Spé à Louis-le-Grand, ingénieur de l’Ecole des mines de Paris. J’y découvre l’économie et complète ma formation par un DEA d’économie avant d’entamer une thèse dans le laboratoire d’économie industrielle de l’Ecole des mines.

 

Qu’est-ce qui vous a poussé vers le domaine du conseil? Quelles ont été vos motivations premières ?

 

GDM: Durant ma thèse à l’Ecole des mines, j’ai déjà l’opportunité de travailler en tant qu’ingénieur de recherche sur des contrats, par exemple dans le domaine de l’efficacité énergétique avec l’ADEME, l’IFP ou le cabinet de conseil danois COWI. L’application de la recherche académique au monde de l’entreprise me passionne et lorsque François Lévêque me propose à l’issue de ma thèse, de reprendre Microeconomix, je n’ai pas hésité car cela répondait à toutes mes aspirations : réflexion scientifique tout en étant appliquée à des problèmes concrets du monde des affaires et défi entrepreneurial de développer un cabinet de niche.

 

 

Pouvez-vous nous présenter en quelques mots Microeconomix, son activité, les domaines et secteurs auxquels elle offre son expertise?

 

GDM: Lors de sa création en septembre 2002, Microeconomix est le premier cabinet d’expertise économique appliquée au droit de la concurrence à proposer ses services en France. L’activité s’est depuis largement diversifiée même si notre activité historique d’analyse économique appliquée au droit de la concurrence reste importante. Nous analysons le fonctionnement des marchés et les comportements d’entreprises et aidons les avocats de nos clients à renforcer leur stratégie de défense par des arguments économiques solides. Nous intervenons dans les affaires de pratiques anticoncurrentielles comme les cartels ou les abus de position dominante ainsi qu’en matière de contrôle de concentration lors de fusions entre entreprises. Nous intervenons également pour évaluer les préjudices économiques, qu’ils aient été causés par des pratiques anticoncurrentielles ou par d’autres types de pratiques, contractuelles notamment dans le cadre de procédure d’arbitrage. Notre métiers est devenu de plus en plus quantitatif : nous exploitons les grandes quantités de données de marché en mobilisant des outils statistiques et des techniques économétriques pour mesure au mieux les effets, quantifier les préjudices et porter un regard novateur sur certaines problématiques de stratégies d’entreprise.

 

 

Plus particulièrement, pouvez-vous expliciter votre rôle lorsque vous intervenez dans des contentieux de droit de la concurrence?

 

GDM: Dans les contentieux de droit de la concurrence, nous sommes principalement mobilisés pour analyses les effets de pratiques anticoncurrentielles et quantifier le dommage à l’économie qu’elles ont pu causer. Il s’agit souvent de construire des modèles économétriques permettant par de mesurer le surprix causé par un cartel en tenant compte des facteurs exogènes qui ont pu influencés les prix mais qui ne sont pas imputable au cartel (par exemple les variations des coûts des matières premières). En pratique, nous intervenons en étroite collaboration avec les avocats de nos clients et produisons des rapports aux différents stades de l’instruction. Nous sommes amenés à défendre nos conclusions lors des séances devant les autorités de concurrence et avec leurs économistes.

 

 

Diriez-vous que votre intervention est encore plus utile pour conseiller les entreprises évoluant dans des secteurs régulés, tel que le secteur de l’énergie?

 

GDM : Les industries de réseau telles que le transport de l’électricité, la téléphonie fixe ou le transport ferroviaire présentent des spécificités dont il faut tenir compte lorsqu’on ouvre à la concurrence des marchés auparavant occupés par des monopoles publics. Par exemple, on parle de monopole naturel pour décrire une situation où il serait inefficace de dupliquer certains actifs comme par exemple un réseau ferré. Dès lors que la concurrence ne peut pas fonctionner, se pose la question de l’intervention publique pour prévenir les abus. Mais il peut très bien y avoir des mesures de régulation qui causent plus de mal que de bien. L’analyse économique est un formidable outil pour évaluer les propriétés de différents modèles de régulation, anticiper leurs effets sur les entreprises et pour le bien-être collectif, etc. –

 

 

Enfin, que conseilleriez-vous à un jeune diplômé qui souhaiterait s’orienter vers le conseil? Quelles qualités sont attendues des nouveaux entrants pour exercer dans votre domaine d’activité ?

 

GDM : Le conseil en économie est une activité de niche au niveau français. On ne compte guère plus d’une cinquantaine de consultants à Paris intervenant sur ces sujets. Il s’agit d’un métier technique et exigeant : chez Microeconomix, nous ne recrutons que des économistes, souvent docteurs en économie, et qui doivent être familiers des logiciels d’analyse de données et des techniques d’analyse quantitative. Il est également très important d’être capable de s’exprimer clairement, de rendre compréhensible des raisonnements qui peuvent parfois être complexes car in fine c’est à des juristes que nous nous adressons et on ne peut convaincre que si l’on est compris. Souvent nos consultants ont un double-profil d’ingénieur et d’économiste.

 

Interview réalisée par Marie Vincent-Renard et Leslie Blaquières

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