Interview du professeur Jérôme Duval-Hamel

Le Professeur Jérôme Duval-Hamel illustre par son parcours, peu commun, d’universitaire et de dirigeant de grandes entreprises, la double dimension pratique et théorique,  de notre discipline.

Universitaire, il est  Directeur de l’École de Droit et Management de  Paris II Panthéon-Assas,  et enseignant en stratégie et management à Paris II  et ESCP Europe.

Praticien, il a dirigé et siégé aux comités exécutifs ou conseils d’administrations de plusieurs grands Groupes français et internationaux dans les secteurs industriels, de médias et de services ainsi que des  fédérations professionnelles .

Un profil rare en France.

Les médias universitaires ont pour lui une saveur particulière : il préside  aujourd’hui  TV-DMA.ORG la 1ère web TV du Management et  Droit des Entreprises. C’est donc assez naturellement que notre projet a retenu son attention.

 

En tant qu’homme de  Médias, que pensez-vous d’une initiative comme LPJE ?

Je ressens toujours une vive émotion lors de la création d’un nouveau media. Les médias sont  des acteurs  importants et stratégiques de nos sociétés. Leur impact n’est jamais neutre.  C’est aussi cela qui se joue aujourd’hui avec le lancement de votre journal. De cela, il découle une vraie responsabilité morale pour les dirigeants et collaborateurs d’un media, et un droit à la qualité pour ses lecteurs.

Le champ que vous avez choisi renforce cet enjeu ; car lui aussi est stratégique. L’économie et la gestion sont en effet devenues depuis plus de 20 ans des éléments plus que centraux de nos sociétés. On assiste à une gestionnarisation de nos activités qu’elles soient publiques ou privées, avec ses avantages mais aussi ses limites voire dangers. S’attacher à l’économie et à la gestion c’est donc s’attacher à quelque chose de central. LPJE contribue donc ainsi au développement de la connaissance de disciplines et activités au cœur de nos vies.

 

Vous parlez souvent du rôle des médias dans la formation de « meilleurs » citoyens. Quand on a créé ce journal, nous nous sommes posé la question de notre valeur ajoutée par rapport à l’université, de ce que nous pouvions apporter en plus.

En Economie-Gestion, l’enseignement supérieur forme de très grands contingents d’acteurs économiques que ce soit en formation initiale et continue. Il développe, diffuse  et médiatise ces disciplines.  Il donne les fondamentaux, les clefs d’analyse, les bagages pour le futur, la capacité du regard critique mais aussi  un savoir professionnel bien structuré.

Cependant, il est intéressant que ça ne soit pas que les enseignants et les praticiens qui communiquent et diffusent, mais que cela soit aussi les étudiants qui le fassent avec leurs mots, leurs prismes, leurs maturités. En cela  c’est une autre dimension que vous apporterez. Il est aussi intéressant d’avoir avec LPJE, un média qui diffuse sans souci immédiat de  rentabilité et avec néanmoins l’objectif de toucher un grand nombre de lecteurs.

 

Vous parlez des avantages de l’université, pour autant il semble que les profils variés et la recherche intéressent encore assez peu le monde de l’entreprise. Qu’en pense le dirigeant d’entreprise ?

Les entreprises françaises sont très peu audacieuses dans leur mode de recrutement, à la différence des sociétés anglo-saxonnes. Nos entreprises ont une tendance à reproduire les mêmes schémas de recrutement : sélectionner  quelqu’un qui vient du diplôme correspondant exactement au métier recherché, diplômé d’un établissement connu et sélectif, parfois le même que celui jadis fréquenté par le recruteur. En ce sens, nos entreprises sont  peu créatives, peu audacieuses. Et c’est très regrettable.

Face à cette situation enfermante,  il vous appartient, vous  jeunes diplômés de vous indigner, et de vous affranchir de ces normes, de les faire bouger et convaincre vos interlocuteurs qu’ils peuvent aller au-delà de ces habitudes, mais cela demande plus de travail.

Il faut en effet sécuriser, rassurer vos interlocuteurs ; leur montrer ce que vous pouvez leur  apporter de plus que le profil classique. En comités exécutifs les profils de mes collègues français étaient quasiment toujours les mêmes: une majorité de grandes écoles, quelques rares universitaires,  et dans les autres comités exécutifs étrangers, face à nous, on rencontrait  des diplômés d’art, de littérature, des anciens contremaîtres. La France est assez atypique dans ce conservatisme. La mondialisation va nécessairement faire évoluer ce modèle français et c’est une bonne chose.

Quant à la présence des  chercheurs et universitaires dans les entreprises, il est intéressant de constater que, par exemple, dans de nombreux organes de direction de grands groupes allemands siègent des universitaires et des chercheurs. Le profil académique n’est pas pour eux incompatible avec l’économie et l’entreprise.

Pour le choix des candidats, nous même les dirigeants,  sommes souvent confrontés au conservatisme de nos propres équipes. Il nous appartient alors de convaincre, de faire évoluer les mentalités et aussi  de battre en brèche cette pensée facile et erronée que l’université ne forme pas à la pratique.

 

Justement, en vous écoutant, on pense à la responsabilité sociale des entreprises. Quelle est la portée de cette responsabilité ? Quelle est la latitude d’action des dirigeants ?

Une entreprise ne peut pas vivre en déconnexion et encore moins en opposition avec son environnement et ses parties prenantes internes et externes. C’est cela qui a inspiré la responsabilité sociale des entreprises. Les parties prenantes ont beaucoup gagné en autonomie et pouvoir ces dernières décennies. L’autonomie du dirigeant est désormais plus encadrée par les parties prenantes, et non pas seulement par les actionnaires, j’oserais même dire, et de façon volontairement un peu polémique, que notre liberté d’action de dirigeant est souvent moins régulée de facto par les actionnaires que par les parties prenantes.

En cela le concept de RSE n’est pas comme certains le craignent qu’une mode. Mais ce souci sociétal ne peut pas que reposer que sur la seule volonté de l’entreprise et de ses dirigeants. D’où l’importance, me semble-t-il, des systèmes de régulation.

Et là il faut éviter de tomber dans le piège facile qui consiste à dire que les systèmes de régulation sont des freins à l’entreprenariat. On voit par exemple, dans les études comparatives entre la France et l’Allemagne, là je m’exprime en tant que membre du présidium de la chambre franco-allemande de commerce et de l’industrie, que le cadre administratif allemand est comparable à celui de la France et pourtant, qu’il n’empêche pas l’entrepreneuriat. Dans le même esprit,  les systèmes de contrôle par les actionnaires et la puissance des parties prenantes (par exemple, celle des associations de consommateurs)  sont très forts en Allemagne sans que cela ne nuise à la compétitivité du système économique…voire le contraire selon certains experts.

 

Quels vœux formuler pour LPJE ?

Que vous donniez et pour longtemps le goût éclairé de cette discipline majeure qu’est l’Economie-Gestion, en suscitant des vocations d’académiques et de praticiens. Mais aussi  que des générations d’étudiants sachent se mobiliser pour faire vivre LPJE  car c’est un beau projet de surcroit très formateur …comme vos collègues ont su le faire pour TVDMA ou Le Petit Juriste; qui est devenu bien grand.

 

Annabelle RAMANANTSOA

Avec la participation de Jean-Christophe BIANIC et Anicette MASSANGA

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