Interview de M. le Professeur Pierre Kopp

Interview de Pierre Kopp, Paris School of Economics, professeur à l’Université Paris I – Panthéon-Sorbonne et auteur du livre Économie de la drogue (La découverte, 2006).

 

– Quels seraient les intérêts d’une légalisation du cannabis ?

 

Le premier intérêt est financier : cela permettrait à l’Etat de récupérer les ressources créées par le marché du cannabis et réduire le coût mis en place pour lutter contre les trafics. Le second intérêt est social, une légalisation de la consommation offrirait un moyen supplémentaire à l’État de contrôler la vente – interdiction aux mineurs, informations supplémentaires, etc. – et donc de minimiser les coûts sociaux induits par la vente de drogue.

 

– Le risque ne serait pas que les trafiquants se mettent à vendre des drogues dures ?

 

C’est une légende de croire que, naturellement, dès lors qu’on légalise une consommation subversive, les vendeurs se tournent vers d’autres produits. Ce ne sont pas des biens substituables, ce n’est pas parce qu’on légalise la prostitution que les proxénètes intègrent automatiquement d’autres marchés de l’économie souterraine, ce n’est parce qu’on légalise le cannabis que tous les trafiquants se mettent à vendre de l’héroïne et du crack. D’ailleurs cela est vrai même du côté de la demande : les 500 000 consommateurs quotidiens de cannabis en France ne vont pas commencer à consommer une autre drogue après la légalisation de la première. Les marchés apparaissent avec une offre et une demande.

 

– Que deviendraient alors les trafiquants ?

 

Une grande partie quittera le marché après une légalisation et une autre continuera à participer à l’économie souterraine à travers d’autres trafics, comme celui des déchets qui est à la mode actuellement. Ils iront là où existent une demande et une possibilité de profit.

 

– Comment lutter efficacement contre le trafic et l’économie souterraine ?

 

Je suis économiste, mon rôle est de déterminer les coûts, à la fois monétaires et sociaux, qui pèsent sur la collectivité et chercher les moyens de les minimiser. Il faut bien comprendre qu’une légalisation du cannabis n’apporte pas que des avantages économiques. Certes ils existent mais il ne faut pas raisonner uniquement comme cela. Les trafics créent des désagréments sociaux que le marché officialisé sous le contrôle de l’État peut limiter. Réglementer la vente de drogue ne signifie pas une augmentation de la consommation, simplement un meilleur contrôle public.

 

Interview réalisée par Pierre Rondeau.

 

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