La France, terrain de jeu du géant qatari

À défaut de vouloir faire du Maroc son « potager », le Qatar est en train de faire de la France son terrain de jeu, où influence et stratégie vont de concert.

 

Après avoir obtenu son indépendance en 1971, l’Emirat du Qatar a su tirer sa croissance vers le haut grâce à l’exploitation de ses ressources naturelles. La production de pétrole et de gaz naturel lui a permis d’afficher un taux de croissance de 6,2% de son PIB en 2012, alors que la croissance française était nulle à la même période. Mieux encore, au plus fort de la crise, en 2009, alors que l’Hexagone enregistrait une décroissance de -3,1%, l’économie qatarie montrait une croissance insolente de 12% de son PIB.

 

Mais l’épuisement des ressources naturelles et le développement d’énergies renouvelables ont poussé le gouvernement à diversifier ses activités de portefeuille, et donc à investir via son fond souverain, le Qatar Investment Authority (QIA), dans de nombreuses entreprises ayant un fort potentiel de croissance. Parmi elles, de grands noms du CAC 40, tel que Lagardère, au sein duquel le Qatar détient près de 13% du capital, ce qui le place en position de premier actionnaire du groupe. Pour ce qui est du reste, le QIA possède aussi une portion de capital chez Vinci, EADS (7%), Veolia (5%), Vivendi, Total (3%), et LVMH (1%). En outre, un fond franco-qatari, dont le montant avoisinait les 300 millions d’euros à sa création, vient en aide aux PME françaises, « pour prendre des parts dans des grands groupes français, monter des projets ensemble ou faire des partenariats dans des pays tiers »[1] . En échange, certaines sociétés françaises obtiennent des contrats intéressants au Qatar. Par exemple, Vinci est en phase de participer à la construction de stades prévus pour la Coupe du Monde de football de 2022 à Doha, pour laquelle le Qatar prévoit de dépenser plus de 150 milliards d’euros. Sans oublier Total, implanté au Qatar depuis 75 ans, qui y tire ses plus gros profits.

 

Malgré une croissance en berne et un environnement politique instable et maussade, les investissements du Qatar en France se multiplient. Un investisseur privé qatari décide même de s’offrir des hôtels de luxe : les prestigieux Hôtel du Louvre et Hôtel Concorde Lafayette à Paris, le célèbre Hôtel Martinez de Cannes, le somptueux palais de la Méditerranée à Nice, etc.

Autre que son patrimoine immobilier de plus en plus imposant, le Qatar possède 35 000 mètres carrés sur les Champs-Élysées. Quelques avantages fiscaux particuliers ont poussé les investisseurs qataris, privé ou public, à racheter de l’immobilier de luxe français : exonération de taxe sur les plus-values immobilières, pas d’impôt sur la fortune (ISF) durant les cinq premières années de résidence en France, etc.

 

L’attrait du Qatar pour la France va même aller plus loin, au moment où l’Emirat décide de racheter intégralement le club du Paris Saint-Germain en 2012. L’investissement du Qatar Sports Investments (QSI), filiale du QIA spécialisée dans les activités sportives, a permis au club de la capitale de se hisser parmi les plus grandes écuries européennes, en s’offrant les services de joueurs de classe mondiale. En parallèle, dès l’été 2012, la chaîne Al-Jazeera décide de lancer sa version française d’Al-Jazeera Sport, nommée BeIN, susceptible de concurrencer Canal+ concernant les droits de rediffusion des matchs de Ligue 1, mais aussi de Ligue des Champions, en proposant des prix d’abonnements relativement bas, de l’ordre de 12 euros par mois.

Tout comme la plupart des pays émergents, le Qatar a profité d’un manque de croissance et d’un pouvoir politique faible en France, pour pouvoir y placer ses pions, n’en déplaise aux plus fervents défenseurs du protectionnisme.

 

Aymeric O.

Pour en savoir plus

La relation Qatar-Lagardère :

http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2013/05/02/97001-20130502FILWWW00472-le-qatar-investisseur-avise-lagardere.php

 

« D’où vient la richesse du Qatar ? » :                                                                                                                                                           Bastien Drut, Economie du football professionnel, 2011, La Découverte, pages 18-19

 

Les intérêts du Qatar en France :                                                                                                           http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2013/02/20/20002-20130220ARTFIG00632-immobilier-medias-sport-ce-que-detient-le-qatar-en-france.php

[1] Mohamed Jaham Al-Kuwari, diplomate qatari.

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