It’s the economy, stupid

Il y a trois jours, mon chat m’a encore devancé, sorte de concurrence déloyale entre le monopole animal et l’incertitude humaine. Je n’avais pas encore mis un pied dans mon appartement qu’il était là, à vif, affamé de son bien x, dit « croquette ». Mon chat possède cet affreux esprit animal, cette tendance perpétuelle à la maximisation de sa satisfaction stomacale. Je rentre donc dans mon appartement, lui donne de quoi s’apaiser puis allume ma télévision pour savourer une chaîne d’informations non-stop. Chance ! Flash info économie ! J’écoute ! Finalement, je décide d’éteindre lorsque j’entends: « le PIB, c’est la vie ». En regardant mon chat consommer son bien x, je m’interroge : n’avons-nous pas tout simplement oublié ce qu’est l’économie ?

Le quantique des quantiques

Je ne vous refais pas notre petite histoire (bien qu’aux vues des programmes, je pourrais) : Aristote le premier moteur – les papas de l’Eglise – les apôtres royaux du XVIIème – Adam, qui troque sa pomme pour une main – Marx le rouge, dit Lucifer – et les chantres du néoclassicisme (économique, bien sûr). Friedman n’oscille pas lorsqu’on lui demande ce qu’il y a de nouveau en économie : « Rien, Adam Smith. » Voilà notre histoire, tentée depuis par un nouveau Nouveau Testament en 1936. Et l’économie dans tout ça ?

Depuis 1871, elle est morte. Tout le monde prend son dictionnaire, barre « économie » et écris « économétrie ». Les chevaliers n’étaient pas quatre mais trois : Jevons, Menger, Marshall. Depuis, on – enfin, surtout les Journals of Economics – a compris qu’un bon article dans une prestigieuse revue, c’était ça :

Les économistes se sont mis à la recherche d’un graal démoniaque, un spectre de chiffres et de données qui cache à l’application réelle des débats futiles. La mathématisation et la quantophrénie qui frappent notre discipline ne doivent pas nous faire dévier. L’économie se propose d’être la voie d’une solution pour nos sociétés. Robbins l’affirme avec force : « L’économie est la science qui étudie le comportement humain en tant que relation entre les fins et les moyens rares à usage alternatif. » L’allocation optimale des ressources et la répartition des revenus ne sont plus ouvertement quantifiables : elles sont ré-humanisables. L’économie se montre comme la science des chiffres et des courbes ; elle est plutôt une science des hommes. Rendre l’économie humaine, c’est assumer son incapacité totalisante et prédictive. Rendre l’économie humaine, c’est explorer une pluralité de sentiers possibles et diversifier nos étapes de pensée. Rendre l’économie humaine, c’est renoncer à la balkanisation de nos savoirs respectifs et partager nos cartes de route.

Théorie générale de la mathématique, de l’arithmétique et de la statistique

La mathématisation du débat économique l’a rendu stérile. Temps mort : on a d’un côté l’équipe de supporters – les conseillers économiques sur le banc pour un remplacement de dernière minute, les journalistes économiques dans les vestiaires pour éponger les calculs – de l’autre les joueurs – professeurs multiples qui jouent la défense, le quarterback qu’on choisit chaque année début octobre. L’équipe des poussins buche pendant 5 ans en visionnant les anciens matchs de l’équipe. L’équipe adverse ? Un miroir. Le ballon ? La fonction carrée.

Je ne nie en aucun cas l’importance chiffrée dans la sphère économique. Nous étudions des faits et des empiriques, sources de nos réflexions et résultats de nos actions. Ce que je dénonce, c’est le calcul pour le calcul, le chiffre pour le chiffre. L’imposition d’un chiffre sur un phénomène n’offre aucune clé – si ce n’est, parfois, de lecture. Stagnation de la croissance ? Oui, et bien ? Inflation rampante ? Soit, mais après ? Accroissement du chômage ? Certes, et alors ? Le chiffre montre – en partie – une réalité mais nous plonge dans la pénombre de l’action. Ce n’est pas cette économie que nous devons défendre.

L’économie de la solution doit prendre le pas sur l’économie du chiffre ; l’économie de l’action sur l’économie des courbes. Faire de l’économie la science des hommes, c’est se porter à l’action plutôt qu’à l’information. C’est nourrir notre chat plutôt que d’écouter comment le nourrir.

 

Quentin MESSERSCHMIDT

 

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