La dévaluation monétaire, la solution miracle ?

La menace déflationniste qui est, nous le savons, due à un contexte de faible demande en zone euro, a placé la Banque Centrale Européenne sous la lumière des projecteurs et ce depuis ces derniers mois. À la suite du discours très accommodant du patron de la BCE, Mario Draghi, ainsi que ses dernières politiques monétaires plus ou moins conventionnelles, tout a été mis sur la table afin de créer une atmosphère favorable à la relance de la machine économique au sein de la région de la monnaie unique. Les résultats à ce jour demeurent discutables. Une chose est sûre, pas de relance sans confiance. En somme, ne pas faire boire un système bancaire qui n’a pas soif (la relance européenne dépend en effet quasi-totalement des institutions financières).

 

Les analystes économiques se sont focalisés sur un indicateur qui pourrait, à terme, amortir les effets d’une reprise molle : le taux de change. En effet, la tournure que prend la politique monétaire de la Banque Centrale Européenne a fait converger les anticipations sur une baisse durable de l’euro, notamment face au dollar. Par ailleurs, le resserrement de la politique de la Federal Reserve aux Etats-Unis qui devrait se traduire par une hausse des taux d’intérêt le printemps prochain, ne viendrait qu’accentuer la dépréciation de l’euro-dollar à long-terme. Pourquoi la dévaluation de l’euro est une (fausse) bonne nouvelle, voire la solution miracle pour une zone euro essoufflée ? Pour plusieurs raisons. Premièrement, avec une monnaie plus faible, les produits européens exportés coûtent moins chers aux entreprises, ce qui pourrait à long terme alléger leurs marges. Deuxièmement, un euro déprécié est favorable pour alléger le pouvoir d’achat des ménages mais ceci implique un effet négatif sur le poids de la dette. Si l’on prend le cas français, les taux obligataires restent à des niveaux historiquement bas, bien que la situation macro-économique soit fragile. C’est la conséquence des marchés financiers aveuglés par l’abondance en liquidités. La question étant désormais de savoir dans combien de temps la France sera rattrapée par la réalité.

 

Que ce soit en France ou ailleurs, la politique monétaire de la BCE qui n’est pas censée faire varier le niveau de change, accommodera le climat des affaires en zone-euro ainsi que le marché des taux. Et ceci pourrait avoir un impact positif beaucoup plus important qu’une succession de petites politiques structurelles et conjoncturelles inachevées ou encore de politiques conventionnelles qui n’incitent pas encore assez le système bancaire à emprunter aux entreprises. N’oublions pas que ce sont ces dernières qui contribuent à la croissance via leurs investissements productifs tant recherchés de nos jours. Il est bon de savoir toutefois que la relance de l’investissement se fera si et seulement si le contexte économique, politique et fiscale est stable. Seule une politique monétaire accommodante ne pourra être suffisante. La déclaration du président de l’Eurogroupe, Dijsselbloem, cet été laisse à penser que cette période n’est pas encore prête de se faire sentir. Il a en effet déclaré que «La pression fiscale [sur le travail] dans la zone euro est élevée, probablement trop élevée. Dans la plupart des pays de la zone euro, cette pression est supérieure à la moyenne de l’OCDE » Le célèbre économiste Arthur Laffer nous a pourtant montré qu’à terme, la focalisation sur les recettes ne répondrait plus aux attentes de l’État, le fameux « trop d’impôts tue l’impôt ».

 

Á l’échelle de la Zone euro, la crédibilité de la Banque Centrale Européenne joue un rôle majeur. Croire à un objectif d’inflation réduit la prime de risque des investisseurs et permet aux taux de garder une tendance baissière – même si c’est aujourd’hui ce risque de déflation qui fait tendre ces taux à la baisse. Toutefois, le niveau des taux dépend également de l’état de la conjoncture. Et force est de constater que les marchés ont un peu de poudres aux yeux, mais pour combien de temps ?

 

Zohra Oualid

Etudiante en Ingénierie Economique et Financière, Paris Dauphine. 

 

En savoir plus :

https://www.ecb.europa.eu/press/key/date/2014/html/sp140926.en.html

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