Crise financière et football professionnel

La période de crise financière qui sévit en France, puis plus généralement en Europe et dans certaines zones du globe, n’est certes pas la première, ni sans doute la dernière, mais il est évident qu’elle atteint violemment l’économie de certaines puissances réputées solides, et qu’elle se manifeste par des phénomènes assez inédits.

En effet, si des crises financières ont déjà marqué le dernier siècle, la crise actuelle qui a débuté en 2008 est originale en ce qu’elle se ressent à tous les niveaux, dans tous les secteurs de l’économie.

Parmi ces secteurs, le sport bien évidement, et le football plus précisément. Alors comment expliquer qu’une crise, à l’origine financière et bancaire, puisse produire des impacts dans des domaines tel que le football ? Et ce phénomène atteint-il nécessairement tous les acteurs du monde footballistique ? Explications.

Qu’est-ce que la santé financière d’un club? Comment l’évaluer?

On parle en effet souvent de santé financière d’un club de football, comme on parlerait de la santé financière d’une petite société locale ou à une autre échelle d’une grande entreprise du CAC 40. Il est vrai qu’aujourd’hui, les clubs professionnels ont de plus en plus tendance à fonctionner telle une entreprise, qui se doit donc d’être compétitive financièrement pour vivre. Dans ces conditions, l’étude des finances du club paraît primordiale, c’est d’ailleurs pourquoi on trouve désormais des services de comptabilité, de gestion, etc. au sein de la structure des clubs de football professionnels.

Pour en revenir à cette question de santé financière, il s’agit en fait de la réunion de deux questions qui apparaissent complémentaires et corrélatives: La question des finances à proprement parler, avec une étude des bénéfices générés, et une autre question portant sur la santé de la structure même du club, lorsqu’on se penche sur les moyens mis en œuvre, sur la longue durée, pour permettre l’investissement et le développement. Un club peut alors générer un chiffre d’affaires intéressant tout en étant en danger au niveau de sa santé «structurelle», par exemple si l’emprunt est excessivement utilisé ou que les investissements sont irréguliers.

Il apparaît clairement aujourd’hui que la situation des clubs n’est absolument pas homogène: alors que certains clubs survolent la crise financière, d’autres la subissent de plein fouet. Même si les apparences sont parfois trompeuses sur la santé financière des clubs professionnels, les phénomènes économiques qui affectent les clubs, dans le bon comme dans le mauvais sens, sont plutôt visibles, voire prévisibles.

Ces clubs qui se jouent de la crise économique.

Il est des clubs, en Europe notamment, pour lesquels la crise financière n’est pas une préoccupation. On pense forcément dès lors au Paris Saint Germain, qui bénéficie d’un investissement privé Qatari depuis maintenant 3 ans, et pour qui la question des finances n’apparaît pas comme un souci.

Des clubs comme le PSG il y en a d’autres: Le FC Barcelone et le Real Madrid (Espagne), Chelsea FC (Angleterre), etc. illustrent parfaitement ce profil de club qui bénéficiant d’investissements privés très important, qui disposent de finances au moins saines voire confortables.

L’aisance financière des ces clubs se manifeste notamment à travers leurs dépenses vertigineuses qui n’ont pas d’équivalence avec des clubs plus modestes (l’achat du Gallois Gareth Bale par le Real Madrid pour la modique somme de… 91 millions d’euros!).

Dans ce cadre, peut-on soupçonner un quelconque impact de la crise économique sur la santé financière de ces clubs ? Le cabinet Deloitte avait en 2009 rendu une étude sur cette question, et il apparaît que même si le poids des finances de tels clubs permet une marge de manœuvre sécurisante, il n’en est pas moins inquiétant de remarquer que leur endettement préoccupe : Lorsqu’on sait que le salaire des joueurs représente par exemple 81% des charges du club de Chelsea, on se demande si en cas de contre-performance sportive, cela ne conduirait pas à une situation compromettante pour le club, même s’il bénéficie lui aussi d’investissements privés très généreux (le club avait été racheté en 2003 par le russe Roman Abramovitch).

À ce propos d’ailleurs, l’UEFA a depuis la saison dernière mis en place le système du Fair Play financier, une mesure visant à encadrer et réglementer les actions financières des clubs professionnels, par exemple en limitant le recours à l’emprunt.

Les clubs plus modestes à la merci de la crise économique ?

Il apparaît évident que des clubs comme le PSG ne constituent pas la majeure partie des clubs de football professionnels : même en première division, que ce soit en ligue 1 française ou en Liga espagnole par exemple, on trouve au sein du même championnat ce profil de clubs mais aussi et surtout, très majoritairement, des clubs que l’on peut qualifier de plus modestes.

Dans le championnat écossais par exemple, nous avons le cas du club des Glasgow Rangers qui, après avoir longtemps figuré en tête du championnat de première division et participé à de nombreuses coupe d’Europe, a subi une liquidation judiciaire en 2012 et a été contraint à la relégation en 4ème division.

Ce cas n’est malheureusement pas isolé. En France, nous pouvons citer le cas du club du Mans FC : Souffrant d’une dette qui s’élevait à 14,4 millions d’euros, le club Sarthois a en 2013 été relégué en Division d’Honneur (plus haut niveau régional) alors même qu’il évoluait jusque là en ligue 2, et avait auparavant goûté à la ligue 1.

De même, la situation du Tours Football Club est également intéressante à étudier en ce que le club tourangeau est sur la sellette depuis quelques années mais a jusqu’ici toujours lutté et réussi à conserver sa place dans le championnat de ligue 2. En effet, malgré la vente du joueur vedette Andy Delort au mercato d’été qui a rapporté 4 millions d’euros au club, les finances ne sont pas suffisantes et le Tours FC a été placé sous contrôle de masse salariale et interdit de recrutement par la DNCG (Direction Nationale de Contrôle de Gestion) dès l’entame de la saison 2014-2015. Déjà surveillé de près par l’organisme depuis le départ de l’ancien propriétaire Frédéric Sébag en 2013, le club a néanmoins toujours su corriger ses finances de manière à conserver son statut de club professionnel et sa place en ligue 2, la DNCG a d’ailleurs récemment levé son interdiction de recrutement pour la saison en cours.

Souhaitons alors au club tourangeau de ne pas subir les mêmes débâcles que son homologue Sarthois deux saisons auparavant.

Une vision prospective de la santé financière des clubs professionnels :

Si le bilan actuel dressé ici paraît primordial, il n’en est pas moins de la question de l’évaluation de ce qui pourra(it) se passer dans les années à venir.

Le contraste établi entre les clubs fortunés et les clubs plus modestes financièrement devrait sans nul doute être confirmé dans les années à venir au regard des évolutions récentes, lorsqu’on voit que de plus en plus de milliardaires du monde entier n’hésitent pas à investir, notamment en Europe.

Mais ce qui semble intéressant ici, c’est de se pencher sur des championnats à la réputation beaucoup moins établie. Car c’est en effet là où l’activité et le développement sont les plus croissants depuis peu de temps : de fortes puissances économiques et politiques, qui semblaient traîner des pieds concernant le football misent aujourd’hui sur ce domaine, avec parfois des évolutions fulgurantes. Nous pensons bien évidemment à la Chine, la Russie (où grâce à des investisseurs privés de plus en plus influents, on arrive à voir des transferts de grands joueurs européens), mais aussi et peut être surtout aux États-Unis, qui longtemps dépassés dans le monde du football (appelé « Soccer » outre atlantique), se tournent de plus en plus vers ce sport notamment grâce au développement impressionnant des sections universitaires mais aussi de son championnat professionnel (MLS), dans lequel de très grands noms sont déjà apparus (David Beckham aux L.A Galaxy’s, Thierry Henry aux N.Y Red Bulls, etc.).

Partant de là, il est intéressant de se demander si dans les années/décennies à venir, ces championnats très florissants viendront dépasser les championnats européens, qui sur le plan qualitatif mais aussi économique, restent aujourd’hui incontestablement les plus développés.

Julien Chevy

étudiant en Licence 2 Droit à l’université François Rabelais de Tours

«Sportif de Haut niveau» à l’université de Tours

Joueur amateur au Tours Football Club

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