Attentats de Paris, quel impact économique ?

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2015 fut une année funeste. Les attentats perpétrés en France ont eu des conséquences dramatiques. Un lourd bilan humain et une nation à tout jamais marquée. Des conséquences politiques, juridiques, mais aussi économiques se sont fait ressentir depuis la tristement célèbre date du 13 novembre.

En janvier, l’impact des attentats de Charlie ont eu une répercussion de trois à quatre semaines au maximum sur l’économie française, et ce, sans peser sur le PIB. Les conséquences de ceux de novembre impactent davantage l’activité économique, et de nombreux secteurs sont touchés. Trois mois à peine après ce drame, Il est encore très tôt pour évaluer les conséquences, mais il a été démontré aux États-Unis en 2001, en Espagne en 2004, et au Royaume-Uni en 2005, que la croissance du trimestre durant lequel a eu lieu les attentats a toujours été inférieure à celle du précédent et du suivant. Peut-on craindre la même chose pour la France ?

Un changement dans les habitudes des consommateurs

Globalement, deux réactions sont constatées après les attentats ; la première est de ne rien changer à ses habitudes, la seconde consiste à les bouleverser.
Cette dernière peut alors avoir une répercussion immédiate sur l’économie en provoquant le recul de la consommation. Directement après les attentats, il a été constaté que les gens évitaient de se regrouper et de fréquenter les lieux de forte affluence : grands magasins, bars, et restaurants en ont pâti. Le terrorisme a modifié le comportement des français qui ont délaissé les hypermarchés au bénéfice des commerces de proximité. Il a d’ailleurs été observé en Ile-de-France que les magasins Franprix avaient enregistré le samedi 14 novembre, lendemain des attentats, une augmentation de 20 % de la fréquentation de leurs magasins entrainant par conséquent, une hausse de 17 % de leur chiffre d’affaires par rapport à un samedi habituel . Ces statistiques reflètent l’inquiétude des consommateurs à se rendre dans des lieux de forte affluence comme les hypermarchés.
Ce repli, n’a pas pour autant profité aux sites de commerce en ligne et aucun bond des ventes sur internet n’a été observé.

Un recul de la consommation et du tourisme

En plus d’affecter la consommation intérieure d’un pays, le terrorisme a également de lourdes répercutions sur le tourisme qui semblerait être le secteur le plus fortement ébranlé. Départs précipités et annulations étaient monnaie courante les jours qui ont suivi les attentats.
Si l’on prend l’exemple de la Tunisie, dont l’économie est tirée par le tourisme (7 % du PIB), le terrorisme a eu un fort impact. Depuis les attentats perpétrés au musée du Bardo en mars 2015 et sur la plage de Sousse en juin, la ministre du tourisme avait estimé à près de 450 millions d’euros les potentielles pertes dues aux diverses annulations de voyage ayant engendré un important manque à gagner auprès des commerçants. « Si le secteur du tourisme s’écroule, l’économie s’écroule » prévenait-elle. Par ailleurs, un taux de chômage à la hausse, résultant de la perte d’emploi de salariés d’hôtellerie a été constaté.

Quelques mois plus tard, c’est au tour de Paris, une des destinations les plus prisées par les touristes, d’être touchée de plein fouet.
Au lendemain des attentats du 13 novembre, théâtres, restaurants, et grands magasins ont fermé leurs portes.
La fréquentation de ces derniers a outrageusement chuté : une baisse de près de 50 % aux Galeries Lafayette et de 30 % au Printemps, a été observée dans la semaine qui a suivi les événements.
Le secteur du luxe, de par son étroit lien avec la fréquentation touristique a également été impacté.

Pour rassurer la clientèle, des mesures de sécurité supplémentaires ont été prises, ce qui a engendré des coûts non négligeables pour différentes enseignes. En outre, de nombreux professionnels ont préféré annuler salons et congrès. Le résultat s’est fait sentir : 85 % à 90 % des commandes auprès de traiteurs ont été annulées. Même schéma pour les salles de spectacles obligées de reporter leurs représentations.
La ministre de la Culture avait même annoncé la création d’un fonds d’aide censé pérenniser les activités des petites salles qui ne sont pas forcément assurées pour des annulations.

Même si beaucoup d’économistes s’accordent sur le fait qu’il est trop tôt pour déterminer l’impact économique des attentats du 13 novembre dernier sur un long terme, on peut cependant penser que les conséquences sur la conjoncture ne seront que temporaires. Il a été constaté qu’après les attentats de Madrid en 2004, ou de Londres en 2005, la consommation était rapidement repartie à la hausse, comme le souligne Philippe Waechter, chef économiste chez Natixis « Nous n’avons pas observé d’impact persistant sur l’activité économique. Certes les jours qui ont suivi l’évènement, les consommateurs ont eu tendance à moins sortir et moins dépenser mais assez vite, on a assisté à une normalisation ».

Le recul de la consommation et du tourisme ne sont pas les seules conséquences du terrorisme sur l’économie d’un pays. Les dépenses publiques pour la défense, la reconstruction, mais également le coût de mesures mises en place pour lutter contre le terrorisme (soldats, systèmes de surveillance…) impactent aussi l’économie.

Les nécessaires coûts relatifs aux victimes et la lutte anti-terroriste

Lorsque, bâtiments ou éléments matériels sont détruits lors d’un attentat, leur frais de reconstruction sont assurés par l’Etat. A titre d’exemple, pour le World Trade Center, l’Etat américain a déboursé pour sa reconstruction près de 4 milliards de dollars.
En France, suite aux évènements du 13 novembre, la Mairie de Paris, a voté une aide de 600 000 euros versée aux quinze commerçants parisiens directement touchés par les attentats, soit près de 40 000 euros chacun, pour financer les travaux nécessaires à leur réouverture et compenser le manque à gagner dû à leur fermeture.
D’autre part, le fonds de garantie des victimes du terrorisme (FGTI) permet aux blessés, leurs proches et les familles des disparus de bénéficier d’une provision pour faire face à leurs dépenses exceptionnelles.
Il indemnise également les victimes pour les préjudices corporels et moraux subis, mais aussi les ayants-droits des personnes décédées. Créée en 1986, il est financé par une contribution prélevée sur les contrats d’assurances de biens, à hauteur de 4,30 euros sur chaque contrat. Le renforcement des effectifs suite aux attentats du 13 novembre coûtera 27 euros par an aux français. Soit au total une facture de 1,77 milliards d’euros à l’Etat. Dans ce calcul, les coûts d’interventions de l’armée française à l’étranger ne sont pas pris en compte.
Aux États-Unis en revanche, les dépenses de lutte contre le terrorisme sont beaucoup plus élevées puisqu’elles avoisinent la somme de 300 euros par an par américain .

Cependant, la lutte contre le terrorisme ne se fait pas uniquement par la simple prise de mesures intérieures, mais principalement par une lutte de celui-ci à l’extérieur. Le gouvernement français a dû ainsi revoir à la hausse de 35% son budget sécurité après le 13 novembre. Ces mesures coûteront à l’Etat 815 millions d’euros en 2016 au lieu des 600 jusque-là prévus. Les opérations militaires en Syrie qui n’avaient pas été initialement prévues, engendreront donc près 200 millions d’euros supplémentaires.

Cela se traduit à titre d’exemple, pour une heure de vol en Rafale, environ 14 000 euros d’entretien. Une heure d’intervention du porte avion Charles de Gaulle coûte quant à elle près de 50 000 euros et la mise à disposition d’un sous-marin représente 10.000 euros, sans oublier que s’ajoutent à cela missiles et munitions. La lutte contre le terrorisme représente certes, des dépenses publiques exorbitantes, mais nécessaires à la défense de la Nation.

Daesh : une véritable économie parallèle 

L’organisation État islamique (EI) est financièrement indépendante (une des principales différences avec le groupe Al Qaida), et son capital serait estimé à 2 260 milliards de dollars selon Jean-Charles Brisard, expert en financement de groupe terroristes.

D’où proviennent ces fonds ? 60% sont issus de l’exploitation de ressources sur les territoires occupés (pétrole, blé, l’orge, phosphate). Le pétrole ne représente que 24% des ressources naturelles exploitées. Les recettes tirées de son exploitation sont en baisse d’une part à cause de la chute de son prix, et d’autre part des frappes occidentales qui visent principalement ses zones d’exploitation.
Les extorsions en tout genre (pillage, trafic d’êtres humains, rançons, taxes abusives aux individus et aux commerces sous contrôle de l’EI) représentent un tiers de leurs fonds.
Enfin, l’EI a récolté en 2015 près de 30 00 millions d’euros grâce au pillage et au trafic d’œuvres d’arts

A quoi servent ces fonds ? ils financent les attentats terroristes dans les différents États mais selon Jean-Charles Brisard : « L’essentiel des revenus générés à hauteur de 3 milliards de dollars par an servent à assurer un certain niveau de vie à la population sous son contrôle. Il y a les salaires également. Nous connaissons les montants et nous savons qu’ils ont baissé en raison de l’action de la communauté internationale ».
Il apparait clairement que les attentats terroristes affectent négativement l’économie d’un pays. Ce qui est particulier c’est que lorsque des attentats sont perpétrés dans un pays, ceux-ci n’ont pas seulement des effets sur le territoire touché mais également tous sur les autres pays engagés dans la lutte anti-terroriste.

Pauline LE MOUELLIC

Pour en savoir plus
• Carine Janin, « Attentats à Paris. Environ 4 000 dossiers d’indemnisation des victimes », Ouest-France, 23/11/15
• « Attentats de Paris: un plan pour soutenir les commerces touchés » Rfi, 24/11/15
• Paula Boyer, « Le tourisme en Tunisie est compromis pour longtemps « La Croix, 30/06/15
• Laurence Valdé, « Combien coute la lutte anti-terrorisme ? » Metronews, 18/11/15
• « Pour comprendre d’où vient l’argent de l’Etat islamique » Atlantico, 19/11/15
• Chloé Machillot, « Comment l’Etat Islamique empoche 3 milliards par an », l’actualité.com, 01/12/15
•  » Pétrole, taxes, trafics d’humains: comment Daech se finance « , Le Figaro, 19/11/15
•  » Guerre contre Daesh, quel cout ? « France Info, 23/11/15

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