1992 : le Royaume-Uni quitte le système de change européen : WHITE OU BLACK WEDNESDAY?

Alors que certains pays européens souhaiteraient sortir de l’euro, retour sur le « Black Wednesday », jour où le Royaume-Uni a quitté le système monétaire européen. Loin des prophéties d’apocalypse, Bernard Conolly, ex-économiste de la Commission européenne parla de « White Wednesday », et pour cause : au lieu de la fin des temps, cela déclencha une forte reprise au Royaume-Uni, alors que l’Union Européenne s’enfonçait dans la récession.

Système monétaire européen et surévaluation de la livre…

Le système monétaire européen (SME) était né de la volonté des États européens de se prémunir contre l’instabilité monétaire. Toutefois, les marges de fluctuations tolérées entre les monnaies étaient trop faibles (2,25%) face à la diversité des situations économiques des États membres. Le SME n’a pas pu encaisser le choc de la crise monétaire de 1992-1993, il est suspendu alors que les marges de fluctuations sont étendues à 15%.

Depuis l’entrée du Royaume-Uni dans le SME en octobre 1990, la livre était surévaluée, ce qui nuisait à ses exportations. Les investisseurs se détournaient de la livre en anticipation d’une dévaluation et le pays devait endurer des taux d’intérêts élevés afin de respecter les règles européennes et maintenir sa monnaie dans les marges de fluctuations. Les résultats furent dramatiques : la croissance économique passa de 2,6% en 1989 à -1,8% en 1991 tandis que le taux de chômage bondissait de 5,8% en octobre 1990 à 10% en septembre 1992.

Entre alors en scène Georges Soros[1], qui s’engage massivement dans la spéculation contre la livre sterling. Le gouvernement britannique doit alors choisir : soit il se conforme aux traités européens et doit freiner les sorties de capitaux par une hausse drastique des taux d’intérêts, ce qui aurait aggravé la récession, soit il décide de laisser la livre se déprécier en sortant du SME. C’est donc la deuxième option qui fut choisie.

… Puis dévaluation de la livre.

Les effets furent immédiats : la livre se déprécia de 15%, tandis que les taux d’intérêt revenaient à des niveaux soutenables déclenchant un boom des exportations et de l’investissement. La croissance passa de 0,9 % en 1992 à 3,1% en 1993, tandis que l’Union Européenne s’embourbait dans la récession. La croissance économique britannique sera dès lors, et jusqu’en 2007, quasi systématiquement supérieure à celle de l’Union Européenne.

Paradoxalement, ce sont les « spéculateurs » qui ont « délivré » le Royaume-Uni de son aveuglement et lui ont permis de renouer avec la prospérité. Le Keynésien Paul Krugman[2], nota lui-même que « pour le Britannique ordinaire, l’attaque de Soros sur la livre sterling engendra principalement des bonnes choses ».

Toutefois, côté français et européen on préféra les théories complotistes aux explications économiques et on continua dans la poursuite de l’unification monétaire. Le chef-économiste en charge du SME et de la politique monétaire (Bernard Connolly) fut remercié pour avoir critiqué dans un livre (The Rotten Heart of Europe) le fonctionnement du SME et la marche à l’euro.

Les enseignements du White Wednesday ne sont pas anodins car l’euro peut être vu comme un mécanisme de change européen où les parités ont été irrémédiablement fixées entre les différentes monnaies, toutes appelées « euro ». Dès lors, il y a de grandes ressemblances dans le fonctionnement des deux systèmes. Bien sûr, comparaison n’est pas raison, mais le White Wednesday nous montre bien que l’on doit accueillir les prophéties catastrophiques avec une grande prudence…

Alexandre Lohmann

En savoir plus :

Site : OECD Stat Extracts

Bernard Connolly, The Rotten Heart of Europe, 1996

David March, The Battle of the New Global Currey, 2008

[1] Bernard Soros, est un financier américain qui fut pionnier dans la création des hedge fund dans les années 80. Il est actuellement président du Soros Fund Management.

[2] prix Nobel d’Économie 2008

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